| Le Cri des terriens 26 avril 1924 |
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Les élections sont proches, et dans un mois, la vox populi se sera fait entendre. Il n'est pas du domaine d'un organe de défense terrienne de pénétrer dans la lice politique. Certains confrères cependant sont assez osés pour conseiller à leurs abonnés de grouper leurs suffrages sur tel ou tel parti politique. Je me garderai bien d'une semblable erreur et c'est en défenseur bien sincère du paysan éternellement trompé que je vais m'expliquer. Vous rappelez-vous, chers lecteurs, un des plus beaux et des plus joyeux jours de votre fraîche jeunesse celui de votre première communion. Vous rappelez-vous cette retraite de trois ou quatre jours imposée par le dogme catholique à la veille de cet acte de catholicité auquel l'Eglise attache la plus grande importance; retraite absolument claustrée, pendant laquelle le prêtre, vous tenant éloignés le plus possible des distractions extérieures et des laides éclaboussures de la Société moderne, s'efforçait de converger toutes vos pensées, toutes vos jeunes aspirations d'enfant pour les élever bien au-dessus des hommes vers un idéal où il voulait vous conduire. Rappelez-vous, jeunes et vieux, il est si bon de se souvenir parfois et de se surprendre une larme à la paupière. Un mois à peine nous sépare des élections et les élections cette année, en raison des gravités de l'heure présente, vont être pour la France une véritable consultation nationale: son arrêt de vie ou son arrêt de mort. Il faut que ce mois qui reste à passer avant ce grand jour soit pour tous les terriens, à quelque philosophie religieuse, à quelque nuance politique qu'ils appartiennent, un véritable mois de retraite sociale. L'idéal à poursuivre, à obtenir, c'est le salut de la France par le salut du terroir franc. Or, seul le paysan, qui connaît et aime son sol, peut le sauver et la France avec lui. Amis terriens, et ici je m'adresse aux vrais, aux purs, à ceux qui attendent de leurs terres le pain quotidien, non à ces terriens à la noix qui à un kilomètre de leur cambrouze oublient leur origine et leurs devoirs. Amis terriens, je vous en conjure, entrez dès maintenant en retraite. Regardez le passé, tremblez devant l'avenir. Pensez à vos enfants, à votre patrimoine, à vos vieilles traditions. Eloignez-vous de ces clubs politiques où il est vanté les qualités de tel ou tel candidat. Remontez à dix ans en arrière et mettez en balance ce qu'on a fait pour la terre et ce qu'on a fait contre. Ne votez pas pour un groupe pour une nuance, pour un homme, votez pour un programme économique et social qu'il est de votre devoir d'imposer, votez pour un idéal que ce serait forfaiture d'abandonner. Ce n'est pas moi qui vous dirai, votez pour tel bloc, bloc de gauche, bloc national, bloc réactionnaire, bloc socialiste. Tous ces blocs là doivent être mis dans le même panier, ils nous ont tous roulés et plaqués le c... dans la hotte. Les associations viticoles et agricoles, trop jeunes, pas assez disciplinées, rongées par des passions intestines stupides, n'ont pas eu, cette année, le temps ni l'influence d'imposer des candidats terriens. Les candidats ne vous manqueront pas, et vous pouvez parfaitement concilier vos aspirations politiques sans rien abandonner de vos revendications terriennes. A tous les candidats qui brigueront vos suffrages, faites signer le programme terrien que vous acclamez dans chacunes de vos réunions. Ce programme peut se résumer en peu de lignes : Rendre au paysan la place d'honneur qu'il doit occuper dans la société; assurer sa dignité et son prestige; lui rendre la liberté qu'on lui vole chaque jour. Nous voulons le paysan libre chez lui, libre dans son moulin, libre auprès de son alambic. Je conseille à tous les syndicats de se réunir d'urgence avant les élections et d'élaborer un programme. Chaque fédération centralisera ces programmes et sera chargée de le faire signer à tous les candidats à quelque nuance qu'ils appartiennent. En résumé, tous les candidats seront nos candidats, s'ils sont les candidats de notre programme terrien. SILVIUS. Prière aux secrétaires de syndicats de nous adresser programme et suggestions. La tribune publique est largement ouverte à nos lecteurs. Ceux qui aborderaient le côté politique sont priés de ne pas faire de personnalité. UN PROGRAMME ÉCONOMIQUE A titre documentaire, nous donnons ici un programme agricole demandé par les électeurs de la Somme. Cultivateurs, Paysans! Voici la période électorale. Les politiciens, une fois de plus, viennent à nous, la bouche fleurie de beaux discours et de promesses plus belles encore. Mais, la Terre qui meurt et les Campagnes qui se dépeuplent sont lasses d'assister, tous les quatre ans, à la même farce. Avant toute chose, que les candidats, quels qu'ils soient et d'où qu'ils viennent, s'ils veulent obtenir vos bulletins de vote, prennent par écrit, sans restriction, ni réserve, l'engagement de faire prévaloir, à la Chambre, le programme minimum du Progrès Agricole. Donnant, donnant. Pas d'engagement, pas de suffrage! PROGRAMME AGRICOLE MINIMUM Dans l'ordre économique: I. Maintien du Régime douanier protecteur de 1892. Egalité de l'Agriculture et de l'Industrie devant la Douane. II. Suppression de l'Heure d'été, instituée au détriment de la France rurale. III.Opposition absolue à toute mesure législative ayant pour fin, soit de réquisitionner et de taxer les produits de la ferme, soit de les inventorier en forçant le cultivateur à tenir un carnet de ventes et d'achats. V. Régime de l'alcool à établir, avant le 30 septembre 1924, de manière à mettre sur le pied de la parité la betterave de sucrerie et la betterave de distillerie. VI. Publication, avant le 1 août 1924. d'un règlement d'administration publique concernant l'application au lait de la loi du 1 août 1905, sur les fraudes, et indiquant clairement à tout le monde, aux producteurs de lait, comme aux chimistes et aux magistrats, dans quelles conditions un lait peut être déclaré fraudé. Dans l'ordre social: I. Abolition de la loi de huit heures qui ruine le pays et vide les campagnes de leurs dernières disponibilités en main-d'oeuvre. II. Abaissement, en ce qui concerne la Terre, de la Taxe successorale, instituée par la loi du 31 décembre 1917 et des Droits de succession qui, majorés par la loi du 25 juin 1920, grèvent odieusement la transmission du Domaine rural. III. Rétablissement, au moins partiel, de la Liberté du Testament, afin d'assurer la stabilité de la Famille Paysanne et de remédier aux inconvénients du partage forcé en nature. Dans l'ordre financier et budgétaire: I. Paiement intégral de leurs indemnités aux sinistrés de guerre. II. Suppression de la fiscalité prussienne, avec son cortège de déclarations et d'inquisitions. Retour à nos impôts séculaires et traditionnels, tels qu'ils ont été établis par la Constituante, d'après les Cahiers de Quatre-vingt-neuf. Transformation au budget de 1925, de tous les impôts existants suivant la méthode indiciaire et forfaitaire. III. Pas un sou de plus à l'Etat. On trouvera autant de ressources qu'on voudra et qu'il faudra, en supprimant les Monopoles d'Etat, en faisant concourir à la diminution de la Dette perpétuelle et à la consolidation de la Dette flottante les immenses richesses que l'Etat gâche et stérilise, en dressant et en exécutant un Plan d'économies afin de supprimer au moins un tiers des fonctionnaires. D'où cette conséquence, pas de fonctionnaires, ni d'anciens fonctionnaires pour représenter les populations rurales. CULTIVATEURS ET PAYSANS, Le Progrès Agricole (d'Amiens), Journal agricole - non politique - Absolument indépendant. |







































































