| Candide 06 avril 1924 |
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Quel est le sorcier qui nous expliquera ce mystère ? Et cependant, voilà des années que les femmes s'obstinent à descendre la taille. Des années que la taille est mise à la hauteur des flancs, lorsque ce n'est pas à mi-cuisse. Il n'y a pas un homme qui aime cela. Prises une à une, il n'y a pas une femme qui n'en convienne; la la taille basse dure trop. Lorsque les femmes causent entre elles, elles feignent même de la condamner. Et rien n'y fait. Regardez partout. Je suppose qu'elle a été inventée, la taille basse, par ce que j'appellerai une jolie laide. Nous allons dire tout de suite ce que c'est. Elle n'était pas trop bien faite. Elle avait beaucoup de grâce. Elle avait le plus joli visage du monde. Elle était fatiguée de voir, à sa place, triompher les autres, toutes celles qui avaient la sotte beauté du corps, la froide beauté des statues. Elle y mit une vague ceinture. Par un surcroît de précaution, elle accrocha cette ceinture par là, vers ces appas qu'elle était bien aise de posséder, elle aussi, Dieu les ayant donnés à toutes pour s'asseoir. Elle était riche, élégante. Elle fut imitée. Mon Dieu, ce n'est qu'une fable. Lorsqu'on ignore l'histoire, il faut bien inventer des contes.. Mais la taille basse une fois inventée, qu'arriva-t-il ? La petite, la délicate, la désinvolte, la charmante Andrée ne s'émut pas une seconde. Elle pensa: «Va pour la taille basse. On verra bien là-dessous que j'ai le buste mince, les reins cambrés. Sous la ligne mobile de ma robe, on verra se dessiner le petit corps que j'ai reçu du ciel. Et ce que l'on soupçonne ne plaît pas moins d'habitude que ce que l'on voit. Je ne désire pas non plus rivaliser, pour la croupe, avec les pouliches des haras. L'on pourra voir, grâce à cette machine, qu'avant ma taille bien souple, j'ai la hanche légère.» La belle Françoise de son côté raisonna d'une autre manière. La grande, la sereine Françoise, la divine Françoise, comme on disait au temps où elle était la seule reine : Elles veulent, se dit-elle, m'attraper. Les charmes que j'ai, elles croient que je suis obligée de les tenir serrés, pour leur abondance. Je leur prouverai d'abord qu'elles se trompent, qu'un peu de flou me sied à ravir. Je leur montrerai que la beauté est toujours belle. Et si je serre contre mes hanches leur ceinture, qui donc restera nigaude? Pas moi. Je marcherai. J'aurai l'air d'une sultane.» Ainsi toutes les femmes furent-elles d'accord, chacune ayant sa raison, qu'elle n'eut pas besoin d'avouer. La taille basse régna. Elle régna d'autant plus facilement que les couturiers n'ont jamais cessé d'en tirer des merveilles. Vous voyez que je l'avoue. Il faut être de bonne foi. Les couturiers ont su masquer le plus souvent le grand défaut de la taille basse, qui est de rompre la proportion humaine et de rendre la femme pareille à une statue trop courte, mal posée, qui va tomber. Vous n'avez qu'à aller au théâtre Edouard VII. Betty Daussmond y porte une robe blanche à ceinture verte. Cette robe forme blouse par en haut, et cette blouse, qui flotte, vient rejoindre la zone verte, qui n'est serrée qu'un peu plus bas, où il fallait. Le plus grand ennemi de la taille basse sera bouche bée d'admiration. Il se peut toutefois que le temps soit proche d'un renouveau. Les couturiers les plus habiles ne savent plus se défendre d'un excès qui est un signe de décadence. J'ai aperçu une dame l'autre jour, qui ne semblait pas née pour les mascarades: elle avait le haut de sa robe arrangé en gilet à deux pans, dont la base était au niveau de son ombilic. Ainsi accoutré son torse à lui seul faisait les deux tiers de sa personne totale. N'est-ce pas la fin? D'autre part, à ce même théâtre Edouard VII, regardez les deux grandes robes d'Yvonne Printemps. Elles rendent au corps féminin sa forme, celle d'une lyre, dirions- nous, si toute comparaison n'était pas superflue. ELIANTE. (Dessins de A. de Roux.) |







































































