| Excelsior 06 avril 1924 |
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Malgré la cherté des étoffes, on fabrique en ce moment des milliers de drapeaux pour les Jeux olympiques; il paraît qu'on pavoisera beaucoup. Dans un grand atelier, on a dû recommencer la besogne; on s'était trompé sur la manière de placer les couleurs. Le surveillant, pour son excuse, est Polonais. Au demeurant, combien n'y a-t-il pas de Français qui n'en savent pas davantage à ce sujet? D'autant qu'on a beaucoup varié depuis la Révolution. Ce fut après la prise de la Bastille qu'on forma la cocarde nationale; on choisit les couleurs bleu et rouge de la Ville de Paris et on y ajouta le blanc de la royauté. Cette cocarde fut offerte, dans la grande salle de l'Hôtel de Ville, par Bailly à Louis XVI le 15 juillet 1789. Le drapeau fut semblable à la cocarde : bleu, blanc (au milieu) et rouge, L'année suivante, le 24 octobre 1790, un décret de l'Assemblée nationale décida que le rouge toucherait la hampe, «blanc au milieu et le bleu flottant dans l'air». Un décret de la Convention (29 pluviôse an XI) décide que les couleurs seront rangées, en partant de la hampe : bleu, blanc, rouge. Napoléon 1er promena ce drapeau dans toute l'Europe jusqu'au 20 février 1811, où un décret impérial ordonna : le bleu, rouge et blanc. Louis-Philippe reprit l'ordre fixé par la Convention. En 1848, on était un peu pressé, et on fit signer à trois membres du gouvernement provisoire, Garnier-Pagès, Crémieux et Louis Blanc, un décret qui reclassait les couleurs : bleu, rouge et blanc. On croyait ainsi revenir aux couleurs de la première République. On signala l'erreur et, le 5 mars, un autre décret rétablissait l'ordre antérieur, celui que Louis-Philippe avait respecté. Contre le premier décret, un peu hâtif, on invoqua le souvenir révolutionnaire d'abord, et aussi une autre considération «Par un temps brumeux, en mer surtout, le blanc se confond avec les nuages, et l'on ne voit plus que deux couleurs. Le deuxième Empire et la troisième République n'ont rien modifié. Le drapeau est tel que la Convention l'avait fixé : bleu, blanc et rouge. Ces questions de couleurs pourraient paraître puériles si nous ne savions que, pour en avoir voulu supprimer deux, en 1873, le comte de Chambord ne monta pas sur la trône; il y avait une forte majorité à la Chambre pour le roi, mais non pour le drapeau blanc. Dans le Mannequin d'osier, M. Anatole France met en scène un personnage qui est désolé parce que, d'après lui, les trois couleurs sont mal placées. « Il trouve que le bleu, blanc et rouge en sont d'une violence inique; il voudrait un drapeau rose ou lilas. Encore, dit-il avec mélancolie, si les trois couleurs partaient de la hampe, comme trois flammes d'oriflammes, ce serait supportable; mais leur disposition perpendiculaire coupe les plis flottants. On nous permettra d'être d'un avis tout à fait différent de celui de M. Bergeret. JEAN-BERNARD. |







































































