| L'Oeuvre 04 avril 1924 |
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Hors-d'Œuvre Il paraît, à la lecture des journaux, que l'hémicycle est devenu un ring et que la salle des séances du Palais-Bourbon n'est plus une salle d'études, mais une cour de collège fort mal tenue, où des potaches fort mal élevés, divisés en petites coteries, commencent par s'amuser à de petites brimades et finissent par jouer au voyou. Cette conception du parlementarisme choque certains esprits utopistes et distingués qui pensent que les parlementaires sont réunis pour donner aux autres citoyens l'exemple de la dignité, de la courtoisie et de la sagesse. Le Sénat romain, qui fut la plus ancienne et la plus solide des Chambres législatives, ne se départit d'un calme olympien qu'à l'occasion de l'assassinat de Jules César, décision exceptionnelle votée par la majorité; or un assassinat est une mesure qu'on ne peut guère exécuter sans y apporter quelque violence... Mais on rapporte que, lors de la première invasion des Barbares à Rome, un des Gaulois qui pénétrèrent dans l'enceinte du Sénat fut tellement impressionné par l'immobilité majestueuse des sénateurs qu'il tira la barbe de l'un d'eux, pour s'assurer qu'il n'était pas empaillé; sur quoi le sénateur laissa tomber sur le crâne du barbare le bâton blanc dont il était armé et qui était un instrument d'autorité semblable à celui dont usent nos sergents de ville. La Convention Nationale passe pour avoir été une assemblée particulièrement agitée. Cependant, à examiner de près le compte-rendu de ses séances, on voit que ses membres avaient une tenue extérieure fort convenable; leur éloquence était pompeuse et glaciale; ils n'échangeaient pas de coups de poing ni d'injures par-dessus les bancs. La Convention Nationale était agitée par la présence du peuple, qui hurlait à la mort dans les tribunes; le peuple avait la parole; de la voix et du geste, il désignait les victimes; l'assemblée, souvent muette et toujours correcte, obéissait à la volonté populaire. De nos jours, le peuple n'a plus la parole; silencieux et correct, le public des tribunes assiste aux débats sans avoir mission de rendre un verdict ou de procéder à un arbitrage, et il constate que la voyoucratie a succédé à la démocratie. Lorsqu'un honorable interrupteur a traité l'orateur de menteur et s'est fait qualifier par lui d'abominable gredin, l'un et l'autre ne se donnent plus la peine d'expliquer qu'ils ont employé dans un sens purement pickwickien ces épithètes parfaitement parlementaires. Mais ils se précipitent l'un contre l'autre, le poing levé, en criant aux huissiers: « Retenez-moi ou je vais faire un malheur ! » L'intervention des huissiers dans le débat et le spectacle étrange de nos maîtres maîtrisés par des serviteurs qui portent une chaîne au cou est une dernière hypocrisie qui retarde l'évolution du parlementarisme dans le sens purement sportif. L'éloquence est stérile; les mots n'avancent à rien; mais les gestes peuvent être décisifs et la majorité doit s'affirmer non par le nombre mais par la force. Ainsi les huissiers, qui faussent le libre jeu de nos nouvelles institutions, doivent disparaître avec leurs chaînes: Et la règle du nouveau jeu déchaîné doit ressembler à celle du football ou à celle des échecs; il s'agit de s'emparer du ballon ou de faire échec au roi... C'est-à-dire que l'opposition, lancée à l'assaut de la majorité, cherche à capturer le président du Conseil pour lui donner publiquement une fessée. Si elle y réussit, le président du Conseil reçoit sa fessée et donne sa démission; quant aux membres de la majorité, qui n'ont pas su défendre leur chef, ils n'osent plus se présenter devant leurs électeurs avec un nez tuméfié ou un œil au beurre noir. Une autre forme, plus brutale, du jeu parlementaire consisterait à tenir les séances du Parlement dans une salle située à la hauteur d'un cinquième étage. La majorité jouerait à flanquer les membres de la minorité par les fenêtres, et réciproquement. Le parti qui resterait maitre du terrain serait assuré d'avoir toujours raison. Vous trouvez que ces procédés de discussion sont barbares et indignes d'une grande nation civilisée ? Est-ce que les grandes nations civilisées emploient d'autres procédés pour trancher les difficultés qui s'élèvent entre elles? Le couteau entre les dents sert de bulletin de vote aux patries opposées. Pourquoi entre les partis opposés du Parlement resterait-il à l'état de fiction parlementaire ? G. DE LA FOUCHARDIERE. |







































































