| L'Éclaireur du dimanche 06 avril 1924 |
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Dans le domaine de la T.S.F., les Français peuvent revendiquer le droit de posséder la plus belle installation du monde. Il n'en est pas, hélas! de même au point de vue cinématographique. Quand verrons-nous le studio rêvé dans «Photogénie», par le regretté Louis Delluc? Les grands set californiens de «United Brunton», de «Paramount» ou de «Goldwin», dont nous avons un exemple bien réduit avec le studio Levinsky, à Paris, sont maintenant détrônés par la formidable entreprise de Staaken, près de Berlin, véritable «étui pour la Tour Eiffel», comme dit un de nos confrères. L'un des gros producteurs allemands, Hans Neumann, a fait d'un hangar de Zeppelins le plus vaste studio du monde, dans lequel il peut vaincre les deux principaux ennemis des cinéastes: la lumière et le temps, réalisant, sous une voûte de 45 mètres de haut, de 40 mètres de large, de 260 mètres de long, et sur une superficie totale de 30.000 mètres carrés, tous les extérieurs et intérieurs d'un même film. C'est la solution à peu près rêvée du « Studio noir », nouvelle formule qui doit se généraliser. Il semble paradoxal de rapprocher ces deux termes : «Studio noir» et «Côte d'Azur». Et pourtant, plus que jamais, le besoin se fait sentir pour notre région de posséder une construction absolument pratique. Certes, la plupart des extérieurs peuvent se tourner pendant presque toute l'année, mais il faut que les réalisateurs ne soient jamais arrêtés par le temps incertain ou les périodes de pluie. Il est nécessaire que le metteur en scène qui vient travailler sous notre ciel ne perde pas une journée de son programme. Et pour cela, il faut qu'il trouve le studio parfait dans lequel il puisse fixer toutes ses scènes, avec le maximum de commodités, et développer, ensuite, projeter au fur et à mesure la pellicule. N'oublions pas que Nice a pris ces dernières années un essor prodigieux au point de vue cinématographique: plus de soixante bandes ont été tournées dans l'année 1923. C'est dire quelle source de revenus considérables pour notre ville représente cette industrie. Or, les commanditaires et metteurs en scène qui viennent s'installer ici, souvent pour de longs mois, sont vite rebutés par l'exiguïté de certaines verrières, qui sont plutôt des glacières, l'insuffisance de l'éclairage et les difficultés de changements de décors, qui font perdre des heures au personnel. Il est absolument indispensable, si nous voulons que Nice devienne un des plus beaux centres cinématographiques du monde, que puisse se construire dans sa banlieue un «Studio noir», comme celui dont nous parlons plus haut: mais il n'est évidemment pas nécessaire qu'il soit aussi colossal! Parmi les projets qui correspondent parfaitement aux besoins de notre région, il en est un qui doit être envisagé comme le plus pratique et le plus réalisable. Les deux studios jumelés, qui ont chacun 40 mètres de long, 22 de large et 18 de haut, peuvent, en cas de nécessité, n'en former qu'un seul, dont la superficie totale sera rarement employée par un seul metteur en scène. Les bâtiments annexes de ces studios et l'extérieur des deux théâtres ont été compris de façon à être rapidement transformés et utilisés pour la prise de vues. Par l'intermédiaire d'un monte-charge, toutes les pièces de décors, ainsi que les meubles, seront rapidement portés sur le plateau de montage et, sauf les décors de dimensions extraordinaires qui seront montés directement sur le théâtre, tous les autres décors, montés sur plate-forme, seront électriquement posés sur le studio, ce qui permettra aux metteurs en scène de réaliser les intérieurs de leurs films dans une période de temps inférieure à la moitié du temps nécessaire dans tout autre studio; car, par le même système, aussitôt que les scènes se déroulant dans un décor seront terminées, ledit décor disparaîtra du théâtre, et, 15 minutes après, sera remplacé par un autre. Un laboratoire des plus perfectionnés sera mis à la disposition des techniciens pour le développement et le tirage de la pellicule, ce qui permettra aux metteurs en scène de pouvoir projeter à l'écran leurs scènes quelques heures après les avoir tournées et être chaque jour sûrs du travail qu'ils auront effectué. Malgré la grandeur des théâtres, ils seront en hiver entièrement chauffés par une installation de chauffage central qui s'étendra dans tous les bâtiments, avec eau courante chaude et froide pour chaque lavabo, et salles de bains avec douches pour les artistes. Une immense piscine permettra de réaliser dans le studio même des plans de scènes d'eau. En plus d'une installation électrique fixe, des groupes électrogènes mobiles seront utilisables avec un ampérage total de 5 à 6.000 ampères. L'installation pour la pluie artificielle sera démontable et transportable. Souhaitons qu'un pareil projet se réalise rapidement : ce jour-là Nice deviendra le véritable Staaken français. RENÉ JAUBERT. |







































































