| La Dépêche de Brest 20 avril 1924 |
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Désirant faire passer sa femme pour une empoisonneuse, le fils d'un député viennois avale de l'arsenicParis, 19. Le Quotidien reçoit d'un Correspondant particulier de Vienne l'exposé d'une affaire qui passionne actuellement l'Autriche, M. Gessmann, député, chef du parti chrétien-social, est un grand propriétaire bien connu en Autriche. Son fils Albert épousait, il y a deux ans, la baronne Léontine Puttkammer, issue d'une grande famille allemande qui a Joué un certain rôle historique. Ce mariage ne fut pas heureux. Au bout d'un an, une séparation intervint entre les deux époux; la jeune femme retourna chez Bes parents. Quinze mois s'écoulèrent; M. Albert Gessmann parut alors regretter sa femme, et il la supplia de revenir auprès de lui. Elle finit par y consentir. Certain soir, il y a quelques semaines à peine, M. Albert Gessmann achevait de boire du café que sa femme lui avait servi, lorsqu'il fut pris de douleurs terribles. Il poussa les hauts cris et mit toute la maison en alerte "Je suis empoisonné, disait-il." Un médecin, mandé d'urgence, constata qu'il venait d'absorber une forte dose d'arsenic. En même temps qu'on lui donnait les soins nécessaires, la justice, aussitôt avisée, commençait son enquête. La tasse dans laquelle avait été servi le café fut saisie. Le parquet nomma des experts et ceux-ci découvrirent dans la tasse un sédiment assez abondant d'arsenic. Mme Gessmann, interrogée, ne put fournir aucune explication. Elle ne savait pas, elle ne comprenait pas. On la mit en état d'arrestation. Jamais présomptions plus graves ne pesèrent sur une inculpée. Toutefois, devant les protestations énergiques de sa cliente, l'avocat de Mme Albert Gessmann. M Paul Klemperer, déjà mis en éveil par certains côtés mystérieux de l'affaire, comprit qu'il devait chercher, en dehors des faits matériels, des présomptions d'innocence. Son enquête lui apprit que Léontine Puttkammer avait, en se mariant, renoncé à la succession de son mari. L'intérêt n'était donc pas en jeu. On ne lui connaissait, en outre, aucune relation douteuse, aucune liaison coupable ou de nature à lui fournit un mobile criminel. Sa fortune personnelle était supérieure à celle de son mari. En revanche, l'enquête de l'avocat lui apprit que la victime de l'attentat avait eu, avant son mariage, une maîtresse, avec laquelle il n'avait jamais rompu. Cette maîtresse, il avait même désiré l'épouser et n'avait renoncé à son projet qu'à la suite des objurgations de sa famille, qui l'avait alors marié avec Mlle Léontine Puttkammer. Interrogeant alors M. Albert Gessmann avec ténacité et précision, le juge est parvenu à lui faire avouer qu'il avait jeté lui-même dans son café le poison à dose assez forte pour le rendre malade, insuffisante toutefois pour de tuer. Toute cette odieuse machination avait été combinée pour faire accuser Mme Gessmann d'avoir voulu faire disparaître son mari et obtenir sa condamnation. C'était là, aux yeux de M. Gessmann, le seul moyen de se débarrasser de sa femme et de lui permettre d'épouser sa maîtresse. Devant ces aveux, le juge à fait écrouer M. Gessmann et rendu Mme Gessmann à la liberté. |
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