| La Dépêche de Brest 20 avril 1924 |
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Echoué sur la vase de la petite crique que borde la route à Laber-Ildut, ce sous-marin des premiers âges surprend le passant par l’exiguïté de ses formes. Dans ce cadre cependant étroit on le prendrait pour un jouet. Habitués désormais aux dimensions considérables des croiseurs submersibles, on n'admet qu'avec peine l'idée que des hommes aient pu vivre dans cette pauvre chose délaissée qu'on comparaît si justement jadis à un cigare. Ils étaient dix cependant enfermés dans cette coque, étroite comme un cercueil, qu'ils devaient faire évoluer dans un milieu absolument nouveau. Chacun d'eux avait une besogne nettement définie dont il devait s'acquitter sans la moindre faiblesse, sans la plus petite hésitation, sous peine de disparition en entraînant avec soi tout l'équipage dans la plus effroyable des agonies. Sous le capot, le lieutenant de vaisseau commandant, un œil au périscope, dirigeait toutes les manœuvres. Un second-maître patron, remplissant les fonctions de second, commandait la barre de profondeur arrière. Un second-maître mécanicien avait la charge des machines et un quartier-maître de la même spécialité celle des accumulateurs. Deux hommes devaient faire fonctionner les ballasts avant et arrière, tandis qu'un troisième surveillait, avec le ballast du milieu, la caisse d'assiette. Un autre dirigeait la barre de profondeur avant, un autre encore la barre de direction et chacun s'employait avec vigilance à la bonne marche de ce navire qui constituait la dernière réalisation du progrès. C'était l'époque héroïque de la navigation sous-marine. Cette navigation se limitait alors à une dizaine d'heures, car elle ne pouvait se prolonger au delà de la charge des deux batteries d'accumulateurs récupérée avant chaque départ. On ne pouvait évidemment songer, dans une coque longue de 23 mètres dont le diamètre extérieur ne dépassait pas 2 m. 26, à aménager des logements. La seule partie accessible à l'intérieur était représentée par un maigre couloir permettant tout juste le passage d'un homme entre les accumulateurs. Aussi à quelles contorsions fallait-il se livrer pour passer d'un compartiment à l'autre ! La machine était, composée de deux dynamos montées sur un même arbre faisant tourner l'hélice dont les ailes étaient orientables. Pareil navire, on le conçoit, ne pouvait avoir grande valeur militaire. Il disposait de deux torpilles logées dans des tubes extérieurs fixes divergeant de chaque bord de sept degrés de l'axe. Sur chaque côté de la coque, à hauteur de la machine, une hélice pouvait agir latéralement pour faire tourner rapidement le sous-marin et permettre le pointage de la torpille. Les appareils de sécurité étaient simplement représentés par deux ventilateurs électriques servant au refoulement de l'air pendant la charge des accumulateurs, par des manches permettant le renouvellement de l'air, durant la plongée par une bouée téléphonique; par des plombs commandés par un déclenchement et que l'on pouvait libérer en cas de danger pressant, par un doublement du panneau du kiosque. Enfin, le petit navire agrémentait cette machinerie, qui l'emplissait à la façon d'un boîtier de montre, de grosses bouteilles à air comprimé servant à chasser l'eau des ballasts et à lancer les torpilles. L'Oursin, nous l'avons dit, avait un rayon d'action par trop restreint pour constituer une arme véritablement dangereuse, mais c'était une unité d'une précision remarquable bien faite pour expérimenter les études de laboratoire. On n'eut d'ailleurs jamais à déplorer d'accident avec les sous-marins de cette catégorie. Les catastrophes qui endeuillèrent notre marine et la France tout entière ne se produisirent que plus tard avec des unités bien plus considérables. Aujourd'hui, l'Oursin, définitivement abandonné par la marine militaire, n'en a pas moins son utilité. Débarrassé de toute sa machinerie. n'étant plus représenté que par sa coque hermétiquement close, il est employé par son propriétaire, M. Albaret, au relevage des épaves. A marée basse, étroitement et solidement uni aux pièces des navires naufragés qu'il convient d'arracher, au sein des, flots, il produit son effort utile à la mer montante et permet aux sauveteurs de les conduire en des endroits propices. Que l'Oursin soit ainsi employé, cela est bien; mais a-t-on songé au grand intérêt qu’il y aurait à permettre au public et particulièrement aux futures générations de contempler des unités de cette catégorie ? La seule, vue d'un pauvre tube de ce genre ne serait-elle pas d'un grand exemple ! Encore faudrait-il que les démolisseurs n'aient pas réduit à néant tous ces témoignages de hardiesse et d'ingéniosité, Ch. LÉGER. |
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