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Nouvelles des escales

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Le Petit Parisien 27 avril 1924


les enfants vagabonds

POUR ET CONTRE

On sort du théâtre le soir. Vingt moutards entre huit et douze ans se précipitent: - Taxi, monsieur ?...

On se laisse entraîner à Montmartre. On sort, à l'aube, de quelque boîte russo-argen-tino-grecque... Des enfants blêmes, aux yeux fiévreux, aux joues creuses, accourent: - Taxi, monsieur ?...

Des fillettes ébouriffées offrent, de leur côté, de maigres bouquets fanés - fanés comme leurs petites figures, déjà.

On va aux courses. On arrive à Longchamp. Et, de nouveau, une ribambelle de mioches dépenaillés se dispute l'honneur -et le profit- d'ouvrir la portière de la voiture...

Que font tous ces gamins? D'où viennent- ils? Où sont leurs parents ?... On ne sait pas. Ces gamins errent à travers la ville, au hasard...

Un conseiller municipal, M. Léopold Bellan, s'émeut de voir tous ces pauvres mioches traîner, de jour et de nuit, dans le ruisseau. Il demande à l'administration de prendre des mesures sévères et rapides contre le vagabondage des petits... Le conseiller a raison. Les mesures répressives qu'il réclame s'imposent... Oui !... Seulement, il ne suffit pas de prendre des mesures pour faire un habit... Il faut aussi de l'étoffe... Avons-nous de l'étoffe ?...

Sommes-nous bien certains que les gamins errants ont un foyer et un gîte? Sommes- nous bien certains que leurs parents disposent d'autre chose, pour loger, que d'un réduit exigu où il n'y a place ni pour les époux ni pour les enfants?

Sommes-nous bien certains que les parents de ces mioches ont le loisir de veiller sur eux ?... Pris à l'atelier, à l'usine, et nichés à deux ou trois lieues de l'endroit où ils travaillent, ils passent peut-être trois heures par jour dans des tramways inconfortables et lents... Ont-ils bien le temps de s'occuper de l'éducation de leurs gosses?

Et sommes-nous bien sûrs que ces mioches ont des parents ?... C'est le père qui commande vigoureusement la maison... Le père manque souvent dans la méchante mansarde où une pauvre femme reste seule, l'homme ayant fui... Et la femme, qui n'a que des recours provisoires contre le père déserteur, n'a aucune action non plus sur l'enfant. Il faut qu'elle travaille. Il faut qu'elle gagne son pain le dur pain de la femme seule et abandonnée. Peut-elle veiller utilement sur le mioche ?...

Il y a, c'est bien vrai, hélas ! beaucoup trop de petits mendiants par nos rues, beaucoup trop de petits vagabonds... Mais c'est notre faute à nous tous. C'est la faute aux hommes qui n'ont pas su encore organiser la cité et qui n'ont pas su faire des lois pratiques et vigoureuses. C'est la faute aux hommes et non aux petits vagabonds. C'est la faute aux administrations qui étouffent sous des monceaux de paperasses tous les projets qui devraient être tout de suite des réalités. C'est la faute aux administrations qui laissent s'envenimer la crise du logement au lieu de bâtir de grandes maisons. C'est la faute à quelques propriétaires qui ne veulent point d'enfants chez eux. C'est la faute à certaines de nos lois qui, élaborées et votées par des hommes, laissent la femme sans défense et sans force...

Maurice PRAX


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