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L'Oeuvre 20 avril 1924


combien de  partis socialistes 1

Regardez donc en face!

Quelqu'un n'a demandé l'autre jour combien il y avait d'espèces de socialistes dans le secteur. J'ai essayé de lui répondre :

Il y a d'abord les socialistes indépendants, comme M. Painlevé; deuxièmement les socialistes français, comme M. Levasseur....

Il y a donc en France des socialistes qui ne sont pas français ?
Si vous commencez à m'interrompre, je n'arriverai jamais au bout. Troisièmement, voici les S. F. I. O., ou, si vous préférez, les «Unifiés», qui continuent à s'appeler ainsi par la plus touchante obstination ou la plus courageuse espérance; ce sont les socialistes groupés autour de Léon Blum et

; c'est ici le cœur du futur parti socialiste reconstitué...

Qu'est-ce qu'il attend donc pour se reconstituer ?
Il attend sans doute que les yeux des autres socialistes se dessillent, et ce n'est pas sa faute s'ils demeurent fermés. Mais où en étais-je de mon énumération? Ah! quatrièmement, les socialistes communistes non moscoutaires, genre Bracke. Cinquièmement, les communistes purs, ainsi nommés parce qu'ils ne communient avec personne, nuance Cachin.

Est-ce que ces gens-là n'ont jamais eu aucun rapport?
Mais si! Naguère encore, il n'y a pas très longtemps, ils formaient un grand parti fier de sa force, qui tenait justement à son unité.

N'ont-ils pas du moins assez de sens politique pour marcher ensemble à la ba- taille électorale ?
D'abord, il en est qui ont rendu toute alliance impossible en criant très haut qu'ils n'entendent recevoir leurs «directives que de Moscou. Quant aux autres, on ne voit guère ce qui les distingue et les divise, si ce n'est des majuscules diversement groupées et, sous ces majuscules, des griefs minuscules. Mais il en est probablement du socialiste comme du potier d'Hésiode, qui commence par porter envie au potier; toujours est-il que les vrais socialistes se reconnaissent à ce signe qu'il leur est absolument impossible de s'associer. Ils prêchent l'union de tous les hommes, qui guérira tous les maux; mais ils n'entendent nullement prêcher d'exemple. En flétrissant l'anarchie bourgeoise, ils tiennent à bien établir qu'en ce qui touche l'anarchie ils peuvent faire beaucoup mieux que les bourgeois. Et ils font, en effet, beaucoup mieux. Tant pis si la République en meurt.

Mais le cartel des gauches?
Voyez ce qu'en a fait, dans certains cantons, l'anarchie socialiste : c'est l'émiettement des forces démocratiques, la défaite assurée. On dirait même parfois qu'elle est préparée méthodiquement. De la part de ces hommes qui prétendent représenter ou qui aspirent à représenter les intérêts du peuple, on ne peut imaginer une telle méconnaissance des intérêts les plus évidents du peuple même : car le premier n'est-il point d'avoir voix au chapitre et d'imposer sa volonté souveraine par la force du nombre? Ces petits jeux électoraux, qui multiplient les listes, ne font que celui du Billet et de ses patrons ou pareils. Quand je vois dans l'autre camp un Colrat. béni par Poincaré, baiser Tardieu sur la bouche, je vous assure que ce spectacle, si réjouissant qu'il paraisse, ne me réjouit d'aucune sorte...

Gustave Téry