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Le Provençal de Paris 20 avril 1924


vin de vigne et vin du midi

Le vin de vigne et le vin du Midi

On nous communique un petit livre des plus suggestifs; je n'en dis pas le titre : appelons-le « Le guide des bons restaurateurs à Paris ». L'auteur y chante les talents des vatels les plus en vogue de la Capitale, en désignant les meilleurs vins que des sommeliers brevetés versent dans les coupes de leurs clients. Enfin, en quelques chapitres, qu'il intitule « Produits de Province », l'écrivain reprend les louanges déjà adressées aux vins du Rhin et de la Moselle, de la Bourgogne et du Bordelais, de la Touraine et de l'Anjou.

Le Midi daigne retenir son attention quelques instants et il en parle ainsi :
« Pas de produits spéciaux, cuisine redoutée, l'ail dans toute sa gloire; vins épais du Minervois, vins plus légers des coteaux de l'Hérault, vins parfumés de Provence. Il faut pour cela du soleil, de la poussière, des cigales, un ciel bleu sur une mer bleue. Un point, c'est tout, et tout cela on le trouve, dit-il encore, en un seul endroit, au restaurant X... ! »

Evidemment, comment se décider à aller, à Paris, chez le restaurateur un Tel, puisqu'à Paris il y a peu de soleil, peu de vraie poussière, pas de cigales, peu de ciel bleu et surtout pas de mer bleue, sauf sur les décors des théâtres ? On perdrait son temps...

Voilà pourquoi on ne boit pas du vin du Midi à Paris, car pour boire du vin du Midi, c'est chez le marchand d'ail qu'il faut aller !... Et ceci me rappelle une ennuyeuse panne d'automobile que j'eus, un jour d'autrefois, dans le département du Cher quand les voitures ne marchaient pas au Carburant National.

Un brave paysan, après m'avoir porté secours me recueillit dans sa ferme, et pour rendre complète son hospitalité toute française, il m'offrit un verre de vin du pays. A notre première gorgée, faisant claquer sa langue et clignant de l’œil « Eh bien, comment le trouvez-vous, celui-là », dit-il triomphant. Le vin était atrocement vert, mais je fis bonne contenance et je répondis : « Ah ! pas mauvais du tout. »

« C'est que, voyez-vous, cher Monsieur, répliqua le bonhomme, celui-là c'est du vin de Vigne et non pas du vin du Midi ! »

Quel poème cette réponse ! Et comme elle montre l'indispensable nécessité d'en arriver à une organisation pratique pour que le vin du Midi ait enfin droit de cité sur la carte des vins de vigne !

Il faut que nos viticulteurs se tiennent à l'affût de toutes les occasions qui se présentent de faire connaître nos produits. Le Salon des vins par exemple, le mois prochain, en est une. Il n'est que temps de prouver aux Parisiens de bonne foi qu'il n'est pas indispensable de se remplir la bouche d'ail pour déguster les vins de chez nous.

- F.


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