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Journal des débats 24 avril 1924


discours du Président Coolidge 1

Un discours du Président Coolidge

Le président Coolidge a prononcé hier au déjeuner annuel de l'Associated Press un important discours, qui a été aussitôt transmis par téléphonie sans fil et par télégraphie sans fil. Les paroles du chef de l'Etat américain purent être entendues, au moment même où elles sortaient de sa bouche, dans une grande partie des Etats- Unis.

Politique intérieure

Dans la première partie de son discours, le président s'est occupé de la politique intérieure américaine. Il a affirmé son intention de continuer à poursuivre tous les fonctionnaires qui auront abusé de leur situation, chaque fois que leur culpabilité aura été établie. Il s'est engagé à faire tous ses efforts pour restreindre les dépenses du gouvernement et a exprimé le désir de voir adopter les mesures nécessaires à la réduction de l'impôt sur le revenu..

Le rapport des experts

M. Coolidge en vint ensuite à donner son avis sur le rapport des experts. Il affirma qu'il considérait sa publication comme le pas le plus important qui ait été fait depuis l'armistice pour l'établissement de la paix européenne. Il exprima le souhait que l'Amérique participe à l'emprunt prévu par les experts pour remettre l'Allemagne sur pied au point de vue financier.

Le rapport Dawes, dit-il a été reçu de façon favorable par la Commission des réparations. On est heureux de voir que les alliés le regardent avec une sympathie entière et que l'AIlemagne, qui y donne son assentiment, est disposée à coopérer pour le mettre à exécution. Il y a toute raison de penser que ce rapport offre une base pour la solution pratique du problème des réparations. J'ai confiance qu'il apparaîtra à tous les gouvernements européens intéressés comme une méthode par laquelle, grâce à des concessions mutuelles, ils pourront arriver à régler d'une façon durable cette question compliquée et épineuse en tenant compte, d'une part, de la restauration de l'Allemagne et en assurant un maximum de payements aux pays dont elle est la débitrice.

Une partie du plan élaboré par les experts envisage l'émission d'un emprunt considérable qui devrait être consenti immédiatement à l'Allemagne pour faire face à ses besoins pressants, y compris l'établissement d'une banque d'émission. J'ai confiance que les capitaux privés américains consentiront à participer à cet emprunt. Au point de vue des affaires, nous avons, en effet, d'excellentes raisons de coopérer à soutenir financièrement la reconstruction pacifique de l'Europe. En revanche, nous avons déclaré à maintes reprises que nous ne sommes point partisans d'avancer des fonds susceptibles d'être utilisés dans un but militaire quelconque.

On sait que l'or étranger est arrivé dans notre pays en quantité considérable. Il est tout à fait vraisemblable qu'une partie de cet or peut servir plus utilement nos intérêts financiers si nous le plaçons en Europe au lieu de l'utiliser aux Etats-Unis. Mais il y a plus. Il existe un devoir envers l'humanité, et il se présente là de façon fort nette. J'ai conscience qu'il est de notre devoir d'accorder notre assistance quand cette assistance est mise au service de justes demandes et qu'elle sert à poursuivre des buts pacifiques,

Le désarmement

Quand un règlement définitif du problème des réparations allemandes aura été établi, M. Coolidge se déclarera en faveur de la convocation d'une nouvelle conférence mondiale pour la limitation des armements et la codification de la loi internationale.

Nous espérons, dit-il, que le rétablissement de la stabilité économique en Europe sera le commencement d'une paix solide et durable. Quand cet ajustement aura été opéré et qu'un temps suffisant se sera écoulé pour permettre l'établissement d'une politique européenne stable, il pourrait servir de base à un nouvel effort vers le désarmement, suivant la méthode adoptée à la Conférence de Washington.

La Conférence de Washington a contribué dans une large mesure à faire renaître l'harmonie et la bonne volonté parmi les nations, mais la question des sous-marins, des forces aériennes et terrestres attend toujours une solution.

Un règlement final pour la liquidation des réparations devrait marquer le commencement d'une nouvelle ère de paix. Il serait, semble-t-il, peu pratique de passer à l'action et de faire des propositions précises dans les circonstances présentes, mais, une fois qu'une solution définitive du problème des réparations sera intervenue, je verrais avec faveur la convocation d'une conférence afin de poursuivre la limitation des armements et d'élaborer tels plans pour la codification d'une loi internationale qui sembleraient, après une enquête préliminaire, devoir rencontrer auprès des autres gouvernements un accueil favorable.

La question des dettes

M. Coolidge, rappelant ensuite les négociations de paix et le refus des Etats-Unis d'adhérer au pacte de la Société des nations, déclara qu'il considérait cette dernière décision comme: définitive.

La politique des Etats-Unis, en ce qui concerne la question des dettes, est connue. Le. gouvernement a toujours refusé de les discuter dans une conférence internationale, mais cela ne signifie pas qu'il refuse d'aider au règlement des problèmes européens, à condition toutefois qu'il ne soit pas entraîné dans des controverses purement politiques.

La Cour de justice internationale

Le Président recommanda enfin l'adoption par le Sénat de l'entrée des Etats-Unis à la Cour internationale de justice. Il recommanda également la codification du droit international. Sans vouloir proposer une formule définitive qui garantirait la paix du monde, M. Coolidge croit que de fréquentes conférences internationales seraient profitables. L'Amérique est qualifiée pour prendre la direction d'un tel mouvement parce que, dit M. Coolidge, notre position est telle que l'on nous fait confiance et que notre gouvernement ainsi que nos maisons d'affaires sont considérés comme méritant cette confiance.


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