| L'Œuvre 16 avril 1924 |
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LE DISCOURS DU PRÉSIDENT DU CONSEILC'est à la fin du mois dernier que M. Poincaré devait prononcer devant le Comité du parti Ratier, ex-parti Jonnart, ex-parti Carnot, un grand discours politique. une crise ministérielle l'en empêcha. Mais on a fait réchauffer le dîner M. Poincaré a, de son côté, retapé son discours et la cérémonie a pu avoir lieu, hier soir. La paix que nous voulonsIl a commencé par définir ce qu'on pouvait appeler sa philosophie de la guerre et de la paix. « Il ne faut pas que le sens de la nationalité se durcisse en volonté de puissance ou s'exaspère en impérialisme; il ne faut pas non plus que le désir général de paix fasse accuser faussement d'impérialisme ceux qui, sans rien convoiter, veulent simplement sauvegarder des droits reconnus par les traités. L'équilibre universel. et, en particulier, l'équilibre européen ne peuvent avoir de stabilité que s'ils reposent sur la justice et sur le respect de la foi jurée. La paix que nous voulons, non seulement dans l'intérêt français, mais dans l'intérêt des autres nations, ce n'est pas, d'ailleurs, une paix inerte et stérile, qui consiste exclusivement dans la fin des batailles et dans la tranquillité matérielle des peuples. A nos yeux, la paix internationale n'a toute sa signification que si elle est féconde en résultats bienfaisants, si elle se complète à l'intérieur par la paix religieuse et sociale, si elle s'accompagne du travail, de l'activité économique, du progrès intellectuel et moral. Si la France est pacifique, c'est d'abord parce qu'elle n'a jamais eu et qu'elle n'a aucune ambition de conquête, aucune idée de domination, aucune pensée de haine, mais c'est aussi parce qu'elle considère la paix comme nécessaire à la réalisation de son idéal traditionnel d'ordre républicain et de fraternité démocratique. Après avoir défini, l'autre jour encore, à la tribune du Palais-Bourbon, la politique intérieure et la politique extérieure du gouvernement, j'ai montré pourquoi elles étaient, qu'on le voulût ou non, étroitement solidaires. Je ne doute pas que le pays ne les approuve l'une et l'autre et ne nous permette d'y persévérer. Union républicaine et concorde nationale, voilà nos moyens, recherche opiniâtre du mieux pour les citoyens et pour la collectivité, prospérité publique, paix du monde et progrès continu de la civilisation, voilà notre objectif, voilà l'objectif de la France. Mais, depuis quelques années, nous avons vu tant de fois, sans la pouvoir saisir, l'ombre de la paix passer et repasser devant nous, que nous avons te droit d'être, sinon défiants, du moins circonspects. Aujourd'hui même qu'après le travail des experts et la délibération préparatoire de la Commission des Réparations nos espérances paraissent prendre corps, ne croyons pas que tout soit réglé et que l'heure du repos ait sonné. (Voir la suite à la deuxième page) « Ils prouvent qu'en dépit de tous ses démentis l'Allemagne s'est fictivement appauvrie et qu'elle est capable de payer. Elle a laissé s'évader six milliards 750 millions de marks-or; elle détient chez elle un chiffre de devises étrangères équivalant à 1 milliard 200 millions de marks-or; elle ne s'est pas imposée autant que les nations alliées; elle n'a pas cessé, depuis 1919, d'améliorer son outillage, de perfectionner son système ferroviaire, ses communications téléphoniques et télégraphiques, ses ports et ses canaux ; son industrie est organisée en vue d'une production supérieure à celle d'avant-guerre; le pays est bien doté en ressources naturelles et il a le moyen de les exploiter largement; sa population augmente; son agriculture se développe telles sont les constatations des experts, et ils ajoutent que l'Allemagne est à même de reprendre une place privilégiée (favoured position) dans l'activité du monde. C'est exactement ce que nous avions dit, ce que l'Allemagne avait contesté et ce que, chez nos Alliés eux-mêmes, beaucoup de personnes n'avaient pas voulu croire. D'autre part, l'expertise a été faite exactement dans le cadre que nous avions tracé. Elle ne conclut pas à la réduction du chiffre de la dette allemande, elle nous réserve ainsi la possibilité de lier, comme nous l'avons toujours fait, le sort d'une partie de notre propre créance au règlement des dettes interalliées; elle ne fixe pas la capacité de l'Allemagne pour l'avenir; elle montre, au contraire, que cette capacité ne cessera pas de s'accroître. Sur ces points essentiels, c'est donc encore la thèse française qui l'emporte. Enfin, les paiements et prestations proposés pour les années prochaines sont très supérieurs, non seulement à ceux que l'Allemagne déclarait possibles, mais à ceux qu'envisageait M. Bonar Law avant notre entrée dans la Ruhr. Notre occupation, qui, par ailleurs, est devenue productive, à donc eu le double effet que nous en avions espéré démonstration vis-à-vis des Alliés et contrainte vis-à-vis de l'Allemagne. » Le chapitre des objections « Il va maintenant appartenir à la Commission des Réparations de dresser, dans la limite de ses attributions, un plan définitif, d'obtenir de l'Allemagne qu'elle vote promptement les lois nécessaires et d'organiser avec précision les contrôles recommandés par les experts. L'ensemble de ce plan supposera, sans doute, le rétablissement de l'unité économique et fiscale du Reich. Mais ce n'est pas après une déclaration de principe, ce n'est pas après une acceptation donnée du bout des lèvres, c'est, comme l'écrivent expressément les experts, après la mise à exécution par l'Allemagne qu'on pourra nous demander d'échanger nos gages contre d'autres plus amples et plus rémunérateurs. Les experts déclarent avec raison qu'elles ne rentrent pas dans leur compétence et qu'il dépend des gouvernements alliés d'en déterminer la nature et d'en assurer l'efficacité. Nous aurons donc à conférer sur ce point avec nos Alliés et, puisque les organismes créés par nous sont entre nos mains, il nous sera plus facile qu'en 1922 de nous entendre et de sauvegarder nos intérêts. Comme l'un de ces organismes, la régie des chemins de fer constitue, en outre, une importante garantie de sécurité et supplée, dans une certaine mesure, aux pactes d'assistance dont la promesse nous avait été faite en 1919, nous traiterons également avec nos amis cette question capitale, que le réveil de l'impérialisme allemand nous interdit de négliger. L'accord avec les alliés Apothéose de Ludendorff, ovations au kronprinz impérial, dénégations audacieuses et mensonges officiels sur les responsabilités de la guerre, entraves apportées. au fonctionnement des commissions de contrôle, multiplication secrète des formations militaires et des sociétés de revanche, ce sont là des symptômes qui se généralisent et qui nous font de la vigilance un devoir de tous les instants. Plus nous aimons la paix, plus nous sommes décidés à ne pas tolérer qu'elle soit troublée ou menacée. Cette volonté est heureusement aussi forte chez nos Alliés que chez nous et j'ai confiance que nous arriverons à la traduire, non pas en vœux platoniques, mais en réalités concrètes. La France, quant à elle, recherchera loyalement cet accord des Alliés avec la conscience de bien servir, tout à la fois, sa propre cause, celle de ses amis et celle du genre humain. » |
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