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Paris-midi 10 avril 1924


la commission des réparations

Londres, 10 Avril.

L'opinion qui semble ressortir de la presse de ce matin est qu'on est d'accord pour souligner la difficulté de stabiliser le budget allemand et pour déclarer que les parties intéressées seront en tout cas bien avisées d'étudier attentivement le rapport des experts. C'est notamment l'avis de l'organe travailliste le Daily Herald qui envisage d'une part la possibilité de l'évacuation partielle de la Ruhr par les Français, et exprime d'autre part une certaine satisfaction de ce que les déclarations faites à l'Allemagne en vertu du traité de Versailles aient été révisées.

La Westminster Gazette, qui souligne que la cessation de l'occupation de la Ruhr est la base de la liberté économique de l'Allemagne, déclare par ailleurs que les experts ont eu tendance à surestimer la somme que l'Allemagne sera en mesure de payer après une période de récupération de 4 ou 5 ans. En terminant, cet organe remarque qu'aucune limite de temps n'a été fixée à l'Allemagne pour s'acquitter totalement.

Un autre journal libéral, le Daily Chronicle écrit que les experts ont, en somme, justifié l'espoir que l'on plaçait en eux. « Leur conclusion, ajoute, le journal, se rapproche des propositions faites par le Trésor britannique en 1922 et quiconque veut réellement obtenir des réparations sans viser à l'annexion se devra de les accepter. »

Le Daily Express prévoit que le rapport provoquera à Berlin un appel à la merci, mais il estime que dans la circonstance, il faudra être ferme autant que juste. Tous les yeux restent fixés sur Berlin, dit-il, mais aussi sur Paris. De la décision du Reich et de celle de M. Poincaré dépendra la cessation du régime de chaos en Europe.

Le Daily Mail enregistre avec satisfaction que l'occupation française de la Ruhr pourra éventuellement être maintenue. Pour ce journal, elle est la principale sauvegarde contre une nouvelle guerre européenne. Il constate qu'aucune sanction, aucun moyen de coercition n'ont été envisagés.

A ce sujet, le Daily Telegraph remarque que ce n'était pas l'affaire des experts de préciser des moyens de pression autres que ceux pris par tous les alliés ensemble, mais il souligne comment les experts ont considéré l'importance économique et fiscale du rattachement de la Ruhr au Reich. Ce qui, ajoute le journal, n'élimine pas l'occupation militaire, mais fait le procès de toute occupation tendant à gêner la production, la répartition des produits et leur échange. Le Daily Telegraph considère que M. Mac Donald ne tardera pas maintenant à prendre une initiative, soutenu qu'il est par la certitude que toutes les sections de l'opinion en Grande-Bretagne sont aussi désireuses que lui de voir apporter une solution au grand problème des réparations, de la sécurité et des dettes. (Havas)

Impression favorable dans les milieux financiers de Londres Londres, 10 Avril.

Il serait vain de vouloir donner dès à présent, autrement que par de faciles déductions de sentiments déjà connus, une traduction fidèle de l'impression générale produite dans le monde politique par le rapport des experts.

D'ailleurs, bien peu parmi les intéressés ont actuellement lu la centaine de pages que contient le document communiqué hier soir à la presse. Cependant il n'est pas douteux que le rapport a été accueilli avec une certaine faveur dans les milieux où l'on a l'habitude de témoigner constamment des sentiments hostiles contre la politique française vis-à-vis de l'Allemagne.

Par contre, il est évident que l'on peut escompter des réserves chez ceux, et ils sont nombreux, qui se sont toujours montrés sévères à l'égard de l'attitude adoptée par l'Allemagne pour échapper à ses obligations, de même que dans certaines parties du monde industriel, notamment celui de la métallurgie.

Enfin, dans les milieux financiers, l'impression produite a été très favorable, ce qui est d'ailleurs conforme aux idées émises ces temps derniers par les journaux de la cité. Quant aux milieux gouvernementaux, on se refuse nettement à exprimer ce soir aucune impression et on ajoute que M. Mac Donald n'a pas encore été en mesure d'étudier le rapport. (Havas).

On croit à Washington, que l'on trouvera la solution du problème européen

Washington, 10 Avril. On n'est pas disposé dans les milieux ministériels à faire des commentaires au sujet du rapport du général Dawes avant d'avoir examiné ce rapport en détail. Toutefois, on n'essaie pas de dissimuler l'espoir du gouvernement américain de voir les puissances alliées considérer les propositions Dawes comme acceptables. On croit qu'on pourra y trouver la solution du problème européen.

On estime ici que c'est le règlement des réparations qui est le nœud de toute la question. On rappelle à cette occasion le discours prononcé par M. Hughes, à Newhaven, en 1922, discours dans lequel M. Hughes déclarait que si les puissances pouvaient s'entendre entre elles au sujet des propositions des experts, les Etats-Unis verraient certainement en cela un moyen de prêter un concours permettant d'arriver à d'heureux résultats. (Havas).

Le monde entier bénéficiera d'une solution pratique dit M. Hoover Washington, 9 Avril.

A la suite de la publication du rapport des experts, M. Hoover, ministre du Commerce, a fait la déclaration suivante : La plus grande barrière qui s'est opposée à la reconstruction économique de l'Europe a été le non règlement des réparations par l'Allemagne, avec toutes les forces malignes qui en résultent, telles que le chômage, la continuation des armements, les perturbations du monde financier, l'instabilité des changes, le tout agissant dans une multitude de directions.»

Si la Commission des Réparations arrive maintenant à une solution juste et pratique, le monde entier en bénéficiera. La restauration du courage et de la confiance en Europe, l'augmentation de la production industrielle, la décroissance du chômage, profiteront finalement à notre peuple. » (Havas.)