| L'Oeuvre 15 mai 1924 |
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Que fera la nouvelle Chambre ? Voici donc, à part quelques rares cas de ballottage, la nouvelle Chambre constituée. L’Œuvre en a indiqué la composition au point de vue politique, mais nous nous demandons ce qu'elle sera au point de vue féministe. Nous savons que nous avons perdu quelques amis, mais nous avons pu constater que certains de nos adversaires sont restés sur le carreau. Pour ne faire de peine à personne, nous voudrions ne nommer aucun des députés battus, mais nous ne pouvons pas cependant passer sous silence la défaite de l'ancien ministre de l'intérieur, M. Maurice Maunoury, représentant de l'Eure-et-Loir. Je me rappelle la visite que nous fîmes à son cabinet en novembre 1922, au moment où la loi sur le suffrage des femmes, adoptée par la Chambre, venait en discussion au Sénat. M. le ministre souriait ironiquement lorsque nous lui exposions nos vœux, et surtout quand nous exprimions l'espoir que le gouvernement appuierait la réforme: - Le gouvernement, répondit-il, est plutôt hostile à votre demande, mesdames; mais, par déférence pour le président du Conseil qui a pris des engagements publics, le gouvernement ne s'opposera pas à la discussion des articles. Je soutiendrai oh! pas en mon nom personnel l'électorat municipal pour les femmes qui jouissent déjà d'un droit de vole; telles que les commerçantes qui sont électrices pour les tribunaux de commerce. Fort bien, mais les professeurs, les docteurs en médecine, les avocates. les artistes, vous les oubliez ? Que voulez-vous ? je n'y puis rien ! Et les ouvrières ? C'est vrai, vous avez raison. Dailleurs, nous avons pensé aussi aux victimes de la guerre, mais nous ne saurions aller plus loin dans la voie ou vous cherchez à nous entraîner. M. Maunoury n'osa pas nous parler des chaussettes et du saut dans l'inconnu, il préféra ne pas discuter. Je songeais à tout cela lundi en lisant les résultats du scrutin, et je pensais que, même sans le vote féminin, il peut y avoir quelquefois des surprises désagréables ! Je cherchai également le nom d'un député breton qui m'avait dit, un jour que je le rencontrais par hasard : Le suffrage des femmes, c'est très juste en principe; mais, moi qui suis républicain, je n'en veux pas parce que les Bretonnes voleraient pour le curé et que je ne suis pas décidé à me faire hara-kiri! Eh bien, ce sont les hommes qui ne l'ont pas réélu; en est-il plus fier pour cela ? On ne peut plus prétendre que la province se désintéresse de la question. Je ne crois pas qu'il y ait eu cette fois dix départements en France où aucune propagande féministe n'ait été faite pendant la période électorale. Les groupes ont travaillé avec ardeur; mais les féministes isolées dans de petites communes ont tenu à participer au mouvement. Je dois d'ailleurs ici des remerciements aux lecteurs et lectrices de 1'Œuvre qui nous ont aidés moralement, matériellement et pécuniairement. En province, maintenant, on n'attend plus que tout vienne de Paris. Des conférences s'organisent sur place; et, ce qui est mieux encore, on s'est décidé à se rendre dans les réunions électorales pour distribuer des tracts, même à faire la distribution dans les rues. La Cannebière a fait connaissance avec les suffragettes et leur a réservé un excellent accueil. Nos amies marseillaises m'ont écrit qu'il leur aurait fallu dix fois plus de prospectus qu'elles n'en avaient, tellement elles ont obtenu un énorme succès. Ce qui prouve qu'il ne faut qu'un peu de courage pour gagner l'opinion publique. De tous côtés, on a fait savoir aux électeurs comme aux candidats, que les Françaises entendaient ne plus être tenues à l'écart des affaires publiques. La vie chère, l'augmentation des impôts, la peur d'une nouvelle guerre sont sans doute pour beaucoup dans celte altitude : les femmes ont enfin compris qu'en réalité la politique, c'est la vie de tous les jours. Maria Vérone Présidente de la Ligue Française pour le Droit des Femmes |
| reour-back 15 mai 1924 |







































































