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Le Petit Journal 15 mai 1924


 L'enfant est une charge pour la femme qui travaille

Pour la femme qui travaille l'enfant est une charge et il devrait être une joie

La guerre a désorganisé le foyer. Obligée de s'employer à l'atelier ou à l'usine, la femme a continué de travailler, après le retour de son soutien, parce qu'elle s'y était accoutumée, parce que la vie était plus chère et qu'elle avait pris goût à la liberté et à l'indépendance. Aujourd'hui les époux gagnent leur vie chacun de leur côté et la maison est vide de huit heures du matin à sept heures du soir. A midi, on mange au restaurant, à la cantine ou au réfectoire. Le soir, on achète de la charcuterie, des légumes tout cuits », ou on « fait » en hâte un bifteck sur le gaz. Que viendrait faire un enfant dans ce foyer déserté ? S'il arrive, il sera celui qu'on n'attendait pas.

La jeune mère, qui travaille, n'a que le choix entre trois solutions. Rester chez elle, par conséquent rompre avec des habitudes de liberté déjà fortement enracinées et priver son ménage d'une part des ressources qui l'alimentaient, au moment où il en faudrait au contraire de nouvelles. Mettre l'enfant en nourrice: alors ce sont de gros frais et la maison demeure, comme avant, sans sourires. Ou enfin le confier à une garderie qui n'en prendra peut-être pas assez de soin et obligera la maman à se lever plus tôt et à rentrer plus tard au logis.

Deux enfants seulement pour un mariage.

Le résultat de cette situation est tragique : en 1923, on ne compte que deux naissances pour un mariage en moyenne, au lieu de 3,51 en 1914; au total, 761.000 nouveau-nés contre 1.450.000 en Allemagne.

Comment combattre ce danger de plus en plus alarmant ? En faisant en sorte que l'enfant ne soit plus une charge pour la femme qui travaille mais une joie délivrée de trop lourds soucis.

L'Etat s'y est efforcé. Une loi du 17 juin 1919 prescrit que, pendant ses couches, c'est-à-dire durant deux mois, toute femme salariée et nécessiteuse recevra de 50 centimes à 1 fr. 50 par jour (1 fr. 75 à Paris)…

A cette subvention s'ajoute, il est vrai, une prime de 15 francs par mois pendant un an quand la jeune mère peut prouver qu'elle allaite elle-même son bébé.

Est-il besoin de souligner que c'est là un encouragement dérisoire Songez que l'assistance médicale gratuite est accordée à la suite d'une enquête de la mairie qui, participant financièrement au secours délivré, n'a pas intérêt à donner un avis favorable.

Qu'est-ce alors que les pauvres 250 francs de l'Etat (touchés parfois en retard) pour combler le manque à gagner de deux mois de travail (au minimum), et pour contrebalancer les dépenses nécessitées par les médicaments, les soins de la sage-femme et du médecin et les journées d'hôpital à 25 francs?

Pardon, me dira-t-on, vous oubliez que certains départements et quelques communes s'associent également à la part de l'Etat ? Hélas, c'est encore très peu de chose I La Seine, par exemple, donne au chef de famille une prime de 300 francs, mais seulement à partir du troisième enfant, avec ensuite une augmentation de 50 francs par enfant. Dix-huit communes y ajoutent, sur leur propre budget, à leur tour, une somme de 50 francs.

Un devoir national Effort méritoire sans doute. Et ce n'est pas aux communes et aux départements dont le budget limité a déjà été si lourdement grevé par la guerre que l'on peut demander davantage. C'est d'ailleurs à l'Etat de récompenser la femme qui accroît le capital humain de la nation.

En outre, les crédits mis à la disposition des communes par le département sont non seulement insuffisants, mais insuffisamment connus puisque, sur 12.000 primes à distribuer, les communes de la Seine n'en ont, l'an dernier, demandé que 7.000.

Enfin, cette loi qui attribue aux femmes en couches une misérable aide de 0 fr. 50 à 1 fr. 50 par jour s'appelle loi d'assistance et le mot est aussi malheureux que le geste inélégant. La femme qui apporte au pays une force nouvelle, d'une valeur inestimable, au prix de tant de souffrances et de privations ne demande pas la charité, elle réclame un droit. Et quel droit plus sacré et plus logique que celui-ci ! Un pays décidé à faire tous les sacrifices pour intensifier sa production agricole et industrielle peut-il marchander quand il s'agit d'une richesse au moins égale: l'accroissement de sa population?

André Fage.


reour-back 15 mai 1924