| Le Petit Parisien 21 septembre 1924 |
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POUR ET CONTRE Voilà vraiment l'article à faire. Tandis que les délégués de la Société des nations délibèrent à Genève, des tempêtes humaines se déchaînent ailleurs et secouent le monde. A Genève, ce sont des messieurs en jaquette qui parlent. En Chine, en Géorgie, au Mexique, au Maroc espagnol, c'est le canon qui parle, et sa grosse voix couvre déjà celle des orateurs sociétaires des nations. Oui, voilà l'article à faire, tout d'ironie bien entendu. L'article est d'autant plus facile à écrire que la situation de la Géorgie est véritablement poignante et tragique. Les pauvres Géorgiens, qui voudraient être libres, sont à même d'apprécier les vertus du régime des soviets. Les soldats des soviets bombardent, canonnent et fusillent au nom des principes sacrés de la Troisième Internationale, qui doit émanciper le genre humain, leurs « frères » de Géorgie qui ont la prétention d'être socialistes non communistes et qui plus est, d'être Géorgiens. C'est du beau travail si l'on peut dire. Qu'attend la Société des nations pour intervenir utilement ? Pour arrêter d'un trait, d'une parole, d'un ordre du jour, d'un ordre tout court, l'effusion de sang? Eh bien ! je ne veux pas faire cet article, trop facile à faire. Je ne crois pas qu'il soit utile ni opportun de se moquer de l'assemblée de Genève, Sa tâche, évidemment, est lourde. Ses moyens, certes, sont encore précaires. Ses décisions risquent encore de rester théoriques. Nous devons tout de même essayer d'avoir confiance en elle. Il vaut mieux espérer que ricaner. Les incendies qui s'allument de toutes parts ne condamnent pas la Société des nations. Ils nous prouvent, au contraire, qu'il est indispensable pour l'avenir et pour le salut des hommes et des peuples qu'il y ait une vraie Société des nations. Si fou que puisse paraître cet espoir, nous devons tout de même espérer qu'on saura un jour tuer la guerre et museler les canons. En attendant, les événements sanglants qui se passent loin du lac doivent doubler l'ardeur et le zèle des délégués assemblés à Genève. Tous, devant l'incendie, doivent se donner tout entiers à la cause de la paix. Tous doivent être loyaux, sincères, francs et actifs. Tous doivent être hommes de bonne volonté. Mais, si certains intriguent, chicanent, manœuvrent ?.. Alors, c'est très malheureux, alors on peut écrire sur l'assemblée de Genève l'article rosse et ironique que je ne veux pas écrire. Maurice PRAX. |
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