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Le Figaro 10 août 1924


Le pétrole et ses dérivés sont devenus une nécessité

La France a importé en 1922 en huiles brutes, raffinées, et essences, 913.262 tonnes contre 712.097 en 1921 et 533.314 en 1913; en huiles lourdes et résidus de pétrole les importations se sont élevées à 266.000 tonnes contre 187,300 en 1921 et 144,600 tonnes en 1913.

Comme on le voit, les chiffres de nos importations ont presque doublé depuis 1913. Notre principal fournisseur est les Etats-Unis, qui nous a livré 706.964 tonnes d'huiles brutes, raffinées, et essences, et 204.250 tonnes d'huiles lourdes et résidus de pétrole. Le reste nous a été fourni par la Roumanie, Mexique, Indes et Japon.

On peut se rendre compte de ce que représente pour notre pays ces achats lorsqu'on les multiplie par le prix moyen du pétrole brut qui a été, pour l'année 1923, par baril, d'environ 3 dollars 25. Du reste, le prix a considérablement varié, allant de 2 dollars 60 à 4 dollars 25.

Le pétrole et ses dérivés sont devenus une nécessité de la vie industrielle et leurs emplois sont de plus en plus nombreux, soit pour l'alimentation des moteurs, soit pour le chauffage des chaudières, etc.

Le développement de l'automobile a eu naturellement comme conséquence d'augmenter considérablement son utilisation sous forme d'essence, et si l'industrie automobile en France n'a pas atteint l'extension qu'elle a, par exemple, aux Etats-Unis, cela provient surtout de la cherté de ce carburant.

D'autre part, l'on connaît le rôle que joue ce produit dans la défense nationale, aussi bien pour l'alimentation de nos tracteurs que pour celle de nos avions.

Jusqu'avant la guerre, les gouvernements ne s'étaient pas très intéressé à cette question, d'autant plus que les progrès de la houille blanche permettaient d'espérer la création d'une source de lumière et aussi d'une force motrice industrielle à bon marché.

On s'est aperçu pendant et aussi depuis la guerre que l'emploi du pétrole et de ses dérivés offrait un vaste champ d'applications, et que dans un pays comme le nôtre, privé de charbon, il pouvait être employé comme combustible de remplacement pour l'alimentation des moteurs et pour le chauffage.

Aussi, à l'heure actuelle, les pouvoirs publics et les grands organismes industriels ont-ils cherché à s'assurer tout le ravitaillement nécessaire dans ce produit. On s'est heurté à des intérêts déjà acquis et à une concurrence formidable des autres nations. Enfin, on s'est rendu compte qu'il ne suffisait pas d'obtenir des participations dans les pays producteurs, encore fallait-il être assuré de pouvoir, en cas de conflit, effectuer le transport de ce carburant.

L'approvisionnement de notre pays en cas de guerre était donc à la merci de l'étranger qui pouvait, selon les cas, nous en priver complètement, ou tout au moins restreindre nos approvisionnements. Dans ces conditions il est assez compréhensible que la première idée ait été de rechercher s'il nous était possible de trouver dans le pays lui-même la totalité ou une partie des ressources dont nous avions besoin.

Comme on le sait, le retour de l'Alsace- Lorraine à la France a eu, entre autres avantages, celui de nous donner la possession d'un gisement pétrolifère. Mais les mines de Péchelbronn représentent à peine le vingtième de la consommation française et l'on ne peut espérer que sa production puisse être de beaucoup augmentée. On a donc recherché si la France ne possédait pas dans d'autres contrées des gisements susceptibles d'être exploités.

Multiples ont été les forages et travaux entrepris, et l'on peut lire encore quelquefois dans la presse des communiqués enthousiastes annonçant la découverte d'un gisement dans telle ou telle localité.

C'est surtout en Auvergne, dans le Jura, et aussi dans les Pyrénées, que des essais ont été tentés. En Alsace, de nombreux chercheurs ont cru retrouver la continuation du gisement de Pechelbronn, soit à Lobsann,soit à Rothbach, à Weiterswiler, à Molsheim, etc... Dans le Jura, les recherches ont commencé en 1850, certaines semblent avoir donné quelques résultats.

C'est le département de l'Ain qui renferme les principaux gisements, tels que Chezerie et Forens ; à Deyssel on a trouvé une grande lentille calcaire donnant de 7 à 10 0/0 d'huile. Près d'Ambérieu, un forage donna naissance à des hydrocarbures d'une certaine importance.

Les travaux entrepris en Saône-et-Loire dans ce qu'on appelle le Bassin d'Autun, ont montré qu'il existait des schistes bitumeux, dont l'exploitation n'a été que superficielle, et n'a pas été poussée plus loin que 60 mètres de profondeur. Une tentative a également été faite aux mines de Bozon (Allier) et aux mines de Buxières et de Saint-Hilaire.

En Auvergne, on crut un moment que les recherches allaient être enfin couronnées de succès et on se souvient peut-être des sondages qui furent effectués en Limagne, non loin de Clermont-Ferrand, et qui furent poussés à plus de 1.100 mètres !... sans résultats véritablement concluants.

Dans les Pyrénées, mêmes constatations de recherches, en particulier dans les communes de Sainte-Suzanne, Bastonnes; dans le Sud du département des Landes, et enfin dans le nord de celui des Basses-Pyrénées. Nous ne citerons que pour mémoire les quelques tentatives exercées dans les autres départements Ariège, Aude, Hérault, Gard, Var, Isère, Haute-Savoie, etc.

Les résultats ne paraissent jusqu'ici, il faut le reconnaître, nullement concluants, malgré les espérances de quelques apôtres et les affirmations plus ou moins intéressées de certaines sociétés ou groupements financiers. Il semble donc acquis que le pétrole soit pour la France un produit étranger, bien qu'il y ait peut-être quelque espoir de pouvoir en trouver dans des colonies françaises, comme l'Algérie, et particulièrement Madagascar.

Cette question d'une politique française du pétrole soulève de nombreux problèmes qui ont eu leur écho jusque dans le parlement et qui ont donné naissance à plusieurs projets de loi déposés, mais non encore venus en discussion.

Il convient aussi de signaler, sans vouloir toutefois en exagérer l'importance, les recherches qui sont actuellement faites pour transformer en pétrole les divers combustibles ainsi que les huiles végétales. Il s'agit de tentatives d'hydrogénation dans le but d'obtenir des hydrocarbures solides, liquides et gazeux.

On a même prétendu pouvoir obtenir du pétrole artificiel en partant d'huiles végétales, de charbon et même d'eau !

Toutefois, malgré les expériences réussies, tentées par M. Mailhe, professeur de l'Université de Toulouse, il semble prématuré de prétendre que le pétrole artificiel ainsi obtenu soit appelé à remplacer, au point de vue industriel et dans un temps rapproché, le pétrole naturel.

B. M.


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