| Comœdia 24 août 1924 |
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Belles-Lettres La querelle du surréalisme. M. André Breton, dont on connaît l'attitude hautement significative dans le mouvement moderne des idées, nous adresse, avec sa courtoisie habituelle, cette mise au point que les lecteurs de ce journal ne sauraient manquer d'apprécier, ainsi qu'il se doit. Il convient d'ajouter que le directeur de la revue Littérature va publier sous ce titre: Manifeste du surréalisme, poisson soluble (et non poison, comme il avait été imprimé erronément) un ouvrage qui est tout ensemble la théorie et l'illustration de ce surréalisme. On verra dans la longue et substantielle préface que l'auteur n'emprunte rien à personne, tout en conservant l'ordre de ses admirations, et qu'il a su formuler de la manière la plus décisive ce que nous nommerons un mode nouveau de penser et d'agir. Me fiant à l'accueil que Comœdia a toujours réservé aux formules littéraires nouvelles, puis-je me permettre de le faire juge du procès récemment intenté au surréalisme naissant, et dont deux journaux du soir se sont fait l'écho ? Au moment même où mes amis et moi nous entreprenons de donner à l'idée surréaliste l'extension qu'elle comporte, où nous nous apprêtons à publier à cet effet plusieurs ouvrages (Robert Desnos: Deuil pour deuil, Roger Vitrac: Les Mystères de l'Amour, Louis Aragon: Le Mouvement perpétuel, Benjamin Péret: Il était une boulangère, etc...), ainsi qu'une revue: La Révolution surréaliste, des esprits malveillants soutiennent que nous ne faisons que reprendre à notre compte un mot d'Apollinaire, avec tout ce que ce mot exprimait. Apollinaire, Reverdy, auraient été surréalistes bien avant nous. A l'appui de la thèse contraire, je désirerais faire valoir ces arguments: a) Guillaume Apollinaire avait lui-même emprunté le mot surréalisme à Gérard de Nerval, en le modifiant légèrement de « supernaturalisme », il avait fait d'abord « surnaturalisme », puis « surréalisme ». C'était là pour lui un synonyme du mot «orphis- me» qui lui servait à caractériser rapidement l'art de son temps. Il n'écrivit, d'ailleurs, le mot surréalisme qu'une fois. b) Par contre le surréalisme est pour nous une méthode d'expression qui consiste en la libre détermination et en l'organisation de la pensée par le verbe. L'inspiration n'est plus suffisante; il s'agit de ne plus attendre de secours que de l'imagination, particulièrement en ce qu'elle échappe aux constructions systématiques, fictives, de la mémoire. Un poème de Reverdy, au même titre qu'un plan de bataille, est systématique. Pour nous, il n'est pas de plan de bataille. c) On ne peut, par suite, considérer le surréalisme comme un mouvement constructif. Nous ne voulons pas édifier un monument à la gloire des images ni à une sorte de raison suprême qui se dégagerait de l'interprétation des textes surréalistes. Il n'est plus question ici d'une poétique nous donnons le produit de la pensée pour ce qu'il vaut. |
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