| Comœdia 19 octobre 1924 |
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Tribunaux L'affaire du film de Versailles On se souvient du prétendu scandale qui avait si fort ému l'opinion au mois de juillet dernier. Des Allemands, dans un but de propagande antifrançaise, avaient, disait-on, tourné un film dans le parc même de Versailles. Ce film représentait des scènes lascives, des femmes entièrement nues et le but était de montrer la dépravation française. Cette affaire est venue hier devant le tribunal de Versailles, sous la présidence de M. Texier. Cependant, ont été seules renvoyées en correctionnelle pour outrage public à la pudeur Mlles Diana, Marialis, Saval et Leduc. Sur les six artistes, qui étaient Autrichiens et non Allemands, et qui avaient été arrêtés, deux seulement, le directeur et le metteur en scène, MM. Kreisler et Fleck. ont été retenus. Le Parquet de Versailles n'avait fait citer que quelques témoins. C'étaient ceux qui, par leurs plaintes, avaient saisi la justice: ils ne sont même pas venus ! M. Kreisler, qu'assistait Me Raymond Rosenmark, avait fait citer M. André Antoine qui était si généreusement intervenu dans la presse en faveur des Autrichiens arrêtés. M. Antoine a fait connaître son sentiment avec la grande autorité qui lui appartient, le dos tourné au public, selon sa méthode et... les usages du Palais. C'est dans le même sens qu'a parlé M. de Demaria, président de la Chambre syndicale française de cinématographie. Toute la discussion a porté sur ce fait que les artistes poursuivis jouaient tous les soirs depuis des mois, dans la même tenue au Casino de Paris. Cela nous a valu de brillantes- variations sur la pudeur de la part de Mes Campinchi, Lantzenberg, Henriquet, qui assistaient les artistes. Me Raymond Rosenmark, plaidant pour M. Kreisler, a disséqué toutes les erreurs de l'accusation et surtout mis en valeur le traitement peu équitable qui était infligé à M. Kreisler. Pourquoi le poursuivre, alors que personne n'a jamais songé à mettre en cause, ni même à interroger les administrateurs du music-hall qui a fourni les costumes, prêté les artistes et même envoyé deux régisseurs pour les surveiller ? Me Edgar Sée assistait à l'audience en qualité de conseiller juridique de la légation d'Autriche à Paris. Au début, Me Berr, l'avocat de M. Fleck, était intervenu pour demander la disjonction de l'affaire en faveur de son client, qui, malade, n'avait pu se rendre à Paris pour le procès. Le tribunal, qui avait entendu un brillant réquisitoire de M. le substitut Falco, a renvoyé son jugement à quinzaine. Une foule souriante composée de Parisiens avait envahi la salle. On dut. Installer la presse au banc des prévenus et devant même qu'elle ait rendu son jugement, le public sceptique n'a songé qu'à s'amuser aux dépens de la justice. Le côté ridicule de cette affaire gênait même le tribunal et toute la physionomie de cette audience peut se résumer dans une seule phrase: on était venu pour rire. Louis Fourès.
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