| Paris-Soir 05 novembre 1924 |
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LA MUSIQUE EN DEUIL Cette nuit, à son domicile, 32, rue des Vignes, s'est éteint après une longue maladie, M. Gabriel Fauré. Il était âgé de 80 ans. La chronique dira qu'il mourut «chargé d'ans et d'honneurs». Membre de l'Institut, Grand-croix de la Légion d'honneur, professeur puis directeur honoraire du Conservatoire National de Musique et de Déclamation, tels furent ses titres officiels. Il en avait d'autres, que ses admirateurs français et étrangers lui avaient, à juste titre, depuis longtemps impartis.
C'est un grand musicien qui disparaît, sinon le plus grand. En une époque fébrile, toujours à la recherche de l'inconnu, l'oubli s'était un peu fait sur l'homme modeste et délicat, mais point sur son œuvre magnifique. Et la postérité réparera l'injustice dont l'homme et l'œuvre purent, un certain moment, souffrir. D'autres diront, avec compétence, la valeur de cette musique qui, peu à peu dépouillée de tout enseignement scolaire, peu à peu épurée, parvint, dans les derniers temps, au style le plus sublime. Il meurt quelques jours après Anatole France, à qui ses amis le comparaient volontiers. Il fut, en musique, ce que le Maître de la Béchellerie fut dans les Lettres françaises. Tous deux honorèrent ce pays. |
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