|
Un Théâtre qui ne connaît que des succès Du « Guignol de la Guerre » aux « Marionnettes à l’École »
Il existe une œuvre qui paraît à première vue essentiellement enfantine et qui cependant contient de nombreux enseignements à l'usage des grandes personnes: c'est l'œuvre des « Marionnettes ». Où les enfants s'amusent, les adultes réfléchissent, et le pantin de bois qui s'appelle Guignol n'est pas seulement une poupée agissante qui fait rire, elle représente bien souvent la morale humaine sous le transparent du comique. Beaucoup ignorent d'où vient, Guignol et s'imaginent aisément que sa création ne remonte pas plus haut que « chez nous ». Beaucoup même l'acceptent, comme on accepte toute chose acquise, sans se soucier d'où elle vient. Cependant l'historique du Guignol actuel est très vaste. La poupée animée fut de tous les temps et de tous les pays. Hérodote parle des marionnettes qui divertissaient les Égyptiens dans les fêtes en l'honneur de Bacchus. On a retrouvé des marionnettes dans les tombeaux de l'ancienne Égypte, dans les hypogées de Thèbes et Memphis, etc. Xénophon, dans le récit du fameux banquet de Gallias, raconte qu'un Sycracusain, montreur de marionnettes, divertit beaucoup les convives. On retrouve leur trace en Orient et particulièrement au Japon. C'est là que Guignol fut le plus longtemps à l'honneur et qu'il atteignit le surnom de son talent. Il s'appelait « Ghidayu » du nom de son créateur. Les marionnettes sont donc très anciennes. Elles voyagèrent ensuite vers I'Italie, puis passèrent les Alpes pour nous rendre visite. Au moyen âge, les bateleurs les montraient de ville en ville et de château en château. Dans les églises, on représentait les scènes de la Passion au moyen de poupées animées, mais c'est surtout à l'époque de la Renaissance que les marionnettes commencent à jouer un rôle important dans les plaisirs populaires. C'est l'Italien Brioché qui nous apporta, en 1630, Polichinelle. Il fut tellement illustre au Pont-Neuf et dans les foires que son succès gagna les comédiens. La Comédie-Française, jalouse, ne pouvait lutter contre la satire, maniée habilement par les pantins de bois, et ceux- ci continuèrent leur marche vers la renommée. Sous Louis XIV, Séraphin avec ses ombres divertit la Cour de Versailles, tant et si bien qu'il vint à Paris s'installer au Palais-Royal.
Notre Guignol actuel ne naquit qu'en 1808 avec Laurent Mourguet, à Lyon. Georges Sand inaugura les Marionnettes littéraires, suivies par Maurice Bouchor. Puis Lemercier de Neuville, en donnant à ses pupazzi une extension fabuleuse, devint le promoteur du Guignol moderne. A sa suite, se classe Gaston Cony, le rénovateur et le protecteur des Marionnettes et des Marionnettistes. Il se donne corps et âme à son œuvre. L'adoration qu'il a pour les enfants lui facilite une belle tâche à laquelle il consacre tous ses instants. Son but n'est pas seulement de divertir les bambins, il met à leur service son observation constante de la vie. Le cerveau de l'enfant souvent inapte à retenir les enseignements écrits, trop ardus pour sa jeune intelligence, s'impressionne sous l'enseignement animé. Il s'instruit en se récréant sous les frais ombrages du parc des Buttes-Chaumont, où, l'été, d'une façon permanente, leur professeur Gaston Cony fait vivre les personnages de bois. Les enfants de Paris ne sont pas les seuls à profiter du théâtre des Marionnettes. De ville en hameau, d'école en collège, Gaston Cony est de toutes les réunions, de toutes les kermesses et fêtes populaires où il va porter la magie de ses pièces amusantes et éducatrices. Pendant la guerre, Guignol tout court devint Guignol poilu. Dans des actes charmants et des revues d'une grande valeur littéraire, bien à la portée des enfants, Gaston Cony leur a conté la vie et les exploits de leurs papas la gloire de la France et l'avenir du pays dont ils sont eux-même le précieux espoir. Et notre ami Pierre Calel, le vaillant directeur de l’Écho des Gourbis, disait alors qu'on pourrait appeler Gaston Cony le « Corneille » du Guignol. Ce n'est pas peu dire, mais nous ne voulons pas peu dire non plus. On a trop négligé jusqu'ici toute cette force que sera la formation du cœur et de l'esprit des enfants en laissant ce soin à des gens qui n'avaient pas les qualités nécessaires pour cette œuvre, qui s'en tenaient à des niaiseries, qui parfois même se déformaient le sens moral de leur petit public. Pour cette œuvre, il faut des gens de la valeur de Gaston Cony, de vrais et grands artistes, les meilleurs parmi les bons. Au point de vue scolaire, Gaston Cony attache à son œuvre une grande importance. Nous extrayons de l’Écho de Paris du 12 mars dernier ce passage de l'interview qu'un ami des Marionnettes obtint de leur président : « Des Guignols peuvent être dressés partout en quelques minutes. La chaire du professeur, c'est presque un Guignol tout prêt... « Et songez, alors, aux services que pourraient rendre Guignol à l'instituteur et à l'institutrice. J'ai écrit des quantités de pièces très divertissantes, très faciles à jouer, et qui instruisaient les petits écoliers autant que bien des longues heures de cours. « Guignol, tout en faisant des farces, tout en égayant, peut donner à son auditoire les plus sages et les plus avisés conseils. Et comme on l'écoutera bien !... « Car Guignol moralisateur peut très bien ne pas être Guignol ennuyeux. » Sous un éclat de rire, l'enfant malléable apprend à voir les choses, à comprendre le bien et le mal, à discerner le faux du juste. Le proverbe le plus ardu pour son cerveau prend une forme des plus accessibles dès que Guignol se mêle de le développer. Que nous en avons vu de ces petits spectateurs vissés sur la banquette et poussant des hauts cris pour ne pas quitter leur ami Guignol !... C'est un art de vivre, un art de mettre de l'art dans la vie, même sous la forme de pantins de bois : les Marionnettes combattent les travers de la société, font naître l'idéal, l'utilité de cet idéal. Gaston Cony est, à son époque, le plus admirable des professeurs, puisqu'il crée lui-même l'œuvre qui doit moraliser les enfants sans les ennuyer, sans leur donner déjà l'avant-goût de l'amertume sociale, au contraire !... Souhaitons à l'œuvre des Marionnettes à l'école le succès qu'elle mérite autant pour son but que pour la récompense due au développement de son organisateur.
Jean MARIX.
|
Et ça perdue, un spectacle pour sensibiliser les plus jeunes au harcèlement scolaire, de plus en plus présent dès la maternelle. À Tahiti, un spectacle de marionnettes Tao et Tiaporo qui délivre des messages citoyens aux plus jeunes depuis près de vingt ans.
Et aussi, toujours au 21 ème siècle, des marionnettes, pour sensibiliser aux usages des écrans, parrainées par... Rachida Dati regardant l'écran de... son smartphone le spectacle :« Maman… je m’ennuie ».
|
|