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La Presse - 05 mars 1925


On veut du pétrole
AUTOMOBILISME

Du Pétrole, s. v. p. !


Huit francs Neuf francs Neuf cinquante! Personne ne dit mot ? Adjugé ! Du moins pour quelques heures !... Ne croyez pas à une galéjade, surtout. C'est tout simplement la hausse vertigineuse de l'essence que nous avons voulu figurer par cette énumération des prix successifs du bidon de 5 litres depuis quelques mois. Et la fête va continuer. Ces messieurs du « pétrole » ne vont pas limiter là leurs exigences, au début d'une crise qui s'annonce sérieuse; alors que l'on en pouvait limiter en partie les effets en favorisant le tourisme automobile, leurs prix montent, montent sans arrêt. Au début d'une saison, au moment où le comerce automobile est susceptible de battre son plein, ils lancent dans la mare un pavé énorme. Si c'est de cette façon que l'on pense favoriser les affaires ?

Évidemment, nous sommes toujours tributaires de l'étranger pour le ravitaillement en pétrole et notre pauvre franc a bien du mal à résister aux assauts qu'on lui livre et est en infériorité marquée pour payer l'importation. Il ne semble pas, cependant, que la baisse de notre monnaie soit de nature à justifier la hausse formidable du carburant automobile.

Pourrons-nous trouver, un jour, dans notre propre sol, le pétrole nécessaire aux besoins toujours en progression de l'industrie automobile ? C'est peu probable, malgré tous les efforts et toutes les recherches effectuées. Notre richesse en nappes d'huile est plutôt maigre. Qu'on en juge plutôt…

En septembre 1924, le puits de Gabian, dans l'Hérault, où l'on faisait des sondages depuis quelques mois, a commencé par débiter 25 à 30 litres à l'heure. Ce débit, au bout de quelques jours, est descendu à 10/15 litres. En continuant les travaux, on obtint, deux mois plus tard, un débit de 1.000 litres à l'heure qui a été ramené depuis aux environs de 10.000 litres par jour. D'après les calculs effectués, le champ pétrolifère de Gabian aurait 10 kilomètres carrés d'étendue et permettrait d'espérer des résultats n'ayant rien de sensationnel, mais cependant intéressants.

Mais à côté de ce rendement connu, rien ou presque. Pas plus en Auvergne, à Mirabel ou à Beaulieu où des travaux se poursuivent sans avoir donné rien d'exploitable, qu'à Castaguèse (Pyrénées), qu'à Saint-Sever ou en Bretagne, on ne signale de jaillissements notables. Ce n'est donc pas de ce côté que l'on pourra de longtemps espérer le salut.

Neuf cinquante dix francs! dix cinquante ! Le bidon d'essence va continuer
à monter !
A moins que l'on se décide, enfin, à avoir une politique du pétrole. Oh ! entendons-nous, une politique saine, propre, qui jugule les prétentions des trusteurs. Évidemment, c'est peut-être beaucoup demander…

Daniel Cousin


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