Félix GALIPAUX
Galipaux est le contemporain de Lucien Guitry. S'en douterait-on, à voir Lucien Guitry majestueux, puissant, chargé de gloire, et à voir ce svelte Galipaux demeuré frétillant, preste, ardent, goguenard, doué d'un âge qu'il n'est pas plus possible de déterminer qu'il n'est possible de dire l'âge d'un moineau voletant, picorant et criaillant sur le boulevard de Paris? Ce petit homme maigrelet, au nez pointu et à la chevelure en toupet, ne semblait pas destiné à réussir au théâtre, de l'avis de trois grands pontifes qu'il consulta, lors de ses débuts. Ils lui trouvaient la taille trop exiguë, la voix insuffisante, le physique médiocre. Une fois de plus, les pontifes s'étaient trompés. Galipaux, c'est le théâtre même. Il a joué dans tous ceux de Paris: Le Barbier de Séville à l'Odéon; Manette Salomon au Vaudeville; Les Surprises du Divorce au Gymnase; La Dame de chez Maxim's aux Variétés; Chantecler à la Porte Saint-Martin; L'Assommoir à l'Ambigu; Le Minaret à la Renaissance; Le Boute-en-Train à 1'Athénée; Champignol malgré lui à la Gaieté; La Princesse Sans-Gêne au Châtelet; Panurge au Théâtre Sarah-Bernhardt; La Veuve Joyeuse à 1'Apollo; Madame et son Filleul aux Bouffes Parisiens; Le Traité d'Auteuil au Théâtre Antoine; Mademoiselle ma Mère au Théâtre Femina. Sans compter Cluny, les Folies Dramatiques, le Théâtre Michel, Daunou, les music-halls, auxquels il convient d'ajouter la plupart de nos théâtres de province, et un nombre imposant de scènes étrangères. Ouf !... Vif comme Ariel, Galipaux saute d'un train dans un autre. Cinq minutes après son retour de tournée, il commence à répéter pour une seconde série de représentations. Et quand, après une journée de labeur incessant, on croit qu'il va prendre un peu de repos, il écrit des pièces, j'en ai compté quarante et des volumes, dont plus de quinze ont paru. Il a joué trois cent soixante-dix-sept rôles, dans trois cent quatre-vingt-dix villes différentes. C'est un homme infatigable, construit en acier, ce métal dont on fait les ressorts, et qui n'a jamais fatigué personne, tant il met de bonne humeur pirouettante, de fantaisie burlesque, de cocasserie originale, énorme et légère à la fois, dans ses moindres créations. Cela ne s'est jamais arrêté une heure. Il n'y a pas de raison pour que cela finisse. A moins que, certain soir, en une cabriole plus haute que les autres, Galipaux ne crève le plafond du théâtre et ne s'en aille, au son du cor et du tambour, rouler dans les étoiles et retrouver là-haut le clown de Théodore de Banville,
Paul REBOUX.
|