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L'Œuvre - 25 janvier 1925


Monsieur Tronchon, est un haut fonctionnaire

L'AVENIR DE LA T. S. F.
Contre la radiophonie française

Il y a, au sous-secrétariat des P.T.T., un conseiller technique qui a nom Tronchon et qui, détestant pour des raisons personnelles assez peu mystérieuses l'industrie française de la radiophonie, s'est juré de la détruire. Pour ce faire, il exécute méthodiquement et simultanément deux séries d'opérations.

D'une part, supprimer par tous les moyens les postes d'émission privés, leur interdire de donner leur vraie mesure en fonctionnant en pleine puissance, leur défendre de diffuser les grandes manifestations officielles et sportives, les représentations théâtrales parisiennes, de rien tenter enfin de ce qui pourrait augmenter l'attrait de leurs émissions et permettre à la radiophonie française d'affirmer sa supériorité sur les émissions étrangères.
Et, d'autre part, faire venir de l'étranger des postes radiophoniques et les installer d'urgence, avant que les protestations élevées de tous côtés contre le projet d'exploitation exclusive de la T.S.F. par l’État aient donné l'éveil aux pouvoirs publics.
***
C'est ainsi que, passant outre à toutes les règles administratives en usage, sans souci de la commission des marchés. sans prendre garde qu'il existe pour les achats de l’État une procédure régulière et des garanties nécessaires, M. le conseiller technique s'est abouché directement avec la «Western Electric», compagnie américaine, avec laquelle il est aussi bien qu'il est mal avec l'industrie française radio- électrique.

A la suite de certains accords, qu'il faudra bien un jour ou l'autre faire connaître, des postes radiophoniques complets de construction américaine commencent à débarquer un peu partout. Marseille et Lyon viennent d'en recevoir, d'autres sont attendus incessamment à Bordeaux. Ordre est donné de monter ces postes aussi rapidement que possible.

Voilà comment, alors qu'aucun crédit n'a été encore définitivement voté par le Parlement, alors que, loyalement, M. Pierre Robert, sous-secrétaire d’État des P.T.T., a publiquement déclaré à la tribune de la Chambre que rien ne serait fait avant que les Chambres soient saisies d'un projet de loi qui est à l'étude, M. Tronchon, son conseiller technique, s'efforce de mettre le Parlement devant le fait accompli !

Ce n'est pas tout, quand le groupement régional radiophonique de Marseille, l'un des plus importants de France par les intérêts qu'il représente, las de se heurter à la malveillance du cabinet de la rue de Grenelle, s'est adressé au maire de cette ville en vue d'obtenir le prêt d'un terrain communal pour l'établissement d'un poste qu'il veut construire à ses frais avec du matériel français, M. Tronchon s'est hâté de dépêcher deux inspecteurs des P.T.T. auprès de l'honorable M, Flaissière, pour l'inviter à éconduire les représentants de ce groupement et lui annoncer l'arrivée d'un poste d’État.

La manœuvre est assez claire et elle révèle suffisamment les véritables intentions de M. Tronchon.
En réalité, il n'a jamais pensé sérieusement à faire de la radio-diffusion une industrie d’État. Il sait mieux que personne que les crédits manquent. Le monopole est le moyen qu'il a trouvé pour favoriser la concurrence étrangère.
Dans ses desseins, rien ne sera changé à ce qui existe, sauf qu'on fera l'impossible pour empêcher l'émission des postes privés. Pour les mêmes raisons qu'elle a loué les postes de l’École des P.T.T. et de la Tour Eiffel, l'Administration louera, et l'on sait à quels prix défiant toute concurrence, les nouveaux postes aux protégés de M. Tronchon.
***
Mais alors, de qui se moque-t-on et que parle-t-on de monopole ?
Vis-à-vis de l’État, la situation des entreprises locataires de ses postes est exactement la même que celle des entreprises privées de radio-diffusion, avec toutefois cette différence que les secondes paient elles-mêmes l'établissement et l'exploitation de leurs postes et versent des redevances à l’État, alors que les premières se servent d'un matériel étranger acheté et exploité aux frais des contribuables et ne versent en tout et pour tout au budget qu'un prix de location ridicule.

Le contrôle de l’État s'exerce de la même façon, qu'il s'agisse d'un poste loué ou d'un poste appartenant à une société privée. En cas de faute ou d'abus, la sanction est identique: suspension de l'exploitation ou confiscation du poste.
Dans ces conditions, le projet de M. Tronchon n'a pas d'autre effet pratique que de créer inutilement des charges supplémentaires à l’État, de priver le trésor public d'une source appréciable de revenus et de ruiner l'industrie française radio-électrique.

Son monopole n'est autre que le monopole des dépenses pour le budget. Est-ce pour en arriver à ce résultat scandaleux qu'on a prononcé à la Chambre les grands mots de sûreté de l’État et de défense financière ?


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