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Excelsior 22 janvier 1925


 les doléances des conductrices de taxi DOLÉANCES D'UNE CONDUCTRICE DE TAXI AUTOMOBILE

On sait que la préfecture octroie, chaque année, aux femmes, des permis de conduire de plus en plus nombreux. En 1924, le nombre des chauffeuses fut exactement de 4,000. Combien, parmi celles-ci en exceptant la « femme de chambre chauffeuse », qui fait actuelle- ment une timide apparition dans certains bureaux de placement compte- t-on de professionnelles? Trente-cinq pour Paris, paraît-il. Or, si j'en crois les doléances d'une conductrice de taxi, le public, les femmes surtout, font preuve, à leur égard, d'une méfiance qui ne se justifie pas.

C'est devant le Louvre que je trouve, vers le soir, cette désabusée, et la petite scène à laquelle j'assiste me donne la raison de son désenchantement. Douze autos, en file, stationnent sur la place. En moins de quatre minutes, les onze chauffeurs chargent et s'en vont. Seule. la chauffeuse reste pour compte. Quand il n'y a plus qu'elle, un vieux monsieur, myope sans doute, approche du véhicule libre, et, soudain, recule à petits pas. En instant après une jeune mère vient droit vers le taxi et s'en retourne précipitamment avec sa progéniture, dès qu'elle a repéré la stationnaire. J'appelle celle-ci et lui donne une adresse. Je vais monter, quand, ironique, elle éprouve le besoin de m'interviewer ou plutôt de s'épancher un peu :

— Pas peur ?
— Non, pourquoi ?
— Mais parce que vous allez être conduite par une chauffeuse. Depuis huit mois que je suis dans le métier, j'ai pu le noter, allez, le petit mouvement de recul. On avance, on me découvre et on s'éloigne. Ceux qui sont polis prennent l'air de ne m'avoir pas vue ou de changer d'idée le footing les tente subitement. Les autres, il y en a, montrent, en appelant ostensiblement un collègue, qu'ils n'admettent pas qu'une femme fasse ce métier-là. On trouve tout naturel, et on a raison, que des dames riches conduisent leur petite bagnole est-il plus extraordinaire que d'autres, moins privilégiées, cherchent leur gagne- pain au volant? Si on faisait une statistique. on verrait que les accidents dus aux chauffeuses n'excèdent pas ceux causés par les chauffeurs. Pour ma part. je n'en ai jamais eu un seul... Ça y est: vous touchez du bois! Hein! même quand on nous appelle, on se méfie!... Ce sont les femmes, c'est ça que je ne peux pas comprendre, qui nous redoutent le plus et qui nous donnent le moins de pourboires. Encore, celles qui nous choisissent nous disent-elles généralement en fin de course qu'elles aussi savent conduire. Pas vous ? Tant pis!...— Si elles sont plus étourdies que les client. — Non au contraire. Enfin, voilà, en "sortant" autant que les chauffeurs. nous gagnons, en moyenne, de 10 à 15 francs de moins qu'eux par jour.
Je crois le moment venu de placer un mot: — Combien ?
La question n'est pas du goût de mon interlocutrice. Elle sourit, ouvre, en se penchant de côté, la portière et, m'engageant à monter, énonce, gouailleuse
Non, mais, des fois!... Et le secret professionnel?...

HUGUETTE GARNTER.


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