| Excelsior 18 janvier 1925 |
UN ENTRETIEN AVEC LE COMPOSITEUR HONEGGER Puissant d'une puissance qu'il extériorise et amplifie dans sa musique M. Honegger, le jeune et déjà très célèbre compositeur du Roi David, n'est pas de ceux qu'on interviewe: on entre avec lui en conversation, on lui parle et on l'écoute. Et l'on est charmé de le voir simple, cordial et spontané quand il vous donne sur sa vie quelque détail, et réservé, presque gêné, quand on lu rappelle ses victoires, ses succès. En décembre 1918, au théâtre du Vieux-Colombier, il donna pour ses débuts le Dict des jeux du monde, qui fut très diversement accueilli. — Et vous êtes pleinement content?
— Le rôle du compositeur est comparable à une maladie que l'on contracte très jeune et dont on ne peut plus se défaire. Les difficultés ne vous guérissent pas et la situation des jeunes compositeurs en est pleine. — N'avez-vous pas le violon comme violon d'Ingres? — Je l'ai travaillé un peu avec Capet, aussi un peu l'orgue, mais j'ai abandonné. Le côté matériel de rédaction de la musique est tellement long et pénible qu'il vous accapare. -Mais vous avez les rythmes de la vie pour vous distraire ou pour vous inspirer ? — Je trouve qu'une locomotive est une source d'émotion comme une cathédrale. C'est aussi une œuvre d'art. L'automobile me touche, moins. C'est pourtant le seul luxe que j'envie. — Et dans votre art, qui admirez-vous ? — Les grands classiques et celui à qui je ramène toute la sagesse de la musique, c'est Bach. Parmi les auteurs vivants: Ravel, Strawinski, Schmitt et Roussel; parmi mes camarades, les éléments du fameux groupe des six: Auric, Poulenc, Milhaud. Germaine Tailleferre et Louis Durey. — Comment travaillez-vous ? — Avec le plus de méthode possible. Quand je suis bien en train, je m'enferme et je prépare moi-même mon déjeuner... Je travaille aussi la nuit.
ROGER VALBELLE.
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