Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor


Excelsior 18 janvier 1925


  Entretien avec Arthur Honegger

UN ENTRETIEN AVEC LE COMPOSITEUR HONEGGER

Puissant d'une puissance qu'il extériorise et amplifie dans sa musique M. Honegger, le jeune et déjà très célèbre compositeur du Roi David, n'est pas de ceux qu'on interviewe: on entre avec lui en conversation, on lui parle et on l'écoute. Et l'on est charmé de le voir simple, cordial et spontané quand il vous donne sur sa vie quelque détail, et réservé, presque gêné, quand on lu rappelle ses victoires, ses succès.
Il est né au Havre, de parents suisses, en 1892. Il a « commencé la musique assez tôt »... assez pour écrire des opérettes à l'âge de neuf ans, Il vécut une année au Conservatoire de Zurich (il avait alors dix-huit ans) et au Conservatoire de Paris il passa dans les classes de ces maîtres: Gédalge, Widor, Vincent d'Indy.

En décembre 1918, au théâtre du Vieux-Colombier, il donna pour ses débuts le Dict des jeux du monde, qui fut très diversement accueilli.
II en alla tout autrement aux Concerts Pasdeloup, lorsqu'on entendit le Chant de Nigamon, poème symphonique sur la mort d'un chef Peau-Rouge, dont il avait puisé l'inspiration dans Gustave Aimard, et, aux Concerts Colonne, devant la Source de l'Interlude de Sainte-Almaéenne, tiré d'une pièce musicale, faite avec Max Jacob, Horace le Victorieux est donné à l'Opéra en première audition et l'étape la plus audacieuse est parcourue par le Pacific 231, cette puissante locomotive. qui étonna par son souffle au repos. le halètement du départ, le rythme croissant de la vitesse et la prodigieuse sonorité de sa course vers l'infini.
Le Roi David, musique de scène faite en deux mois pour la pièce de René Morax, fut d'abord joué en Suisse au théâtre du Jorat. La version pour le concert, en forme d'oratorio, fut donnée à la salle Gaveau, au théâtre des Champs-Elysées et on l'entendra au Trocadéro le 29 janvier avec la chorale française et M. Jacques Copeau comme récitant.
L'exécution a beaucoup contribué au succès. Je crois que celui-ci est dû au côté simple et direct de l’œuvre qui sera exécutée l'an prochain à New-York par les chœurs et l'orchestre du Métropolitain-Opéra.

— Et vous êtes pleinement content?
— Le rôle du compositeur est comparable à une maladie que l'on contracte très jeune et dont on ne peut plus se défaire. Les difficultés ne vous guérissent pas et la situation des jeunes compositeurs en est pleine.
— N'avez-vous pas le violon comme violon d'Ingres?
— Je l'ai travaillé un peu avec Capet, aussi un peu l'orgue, mais j'ai abandonné. Le côté matériel de rédaction de la musique est tellement long et pénible qu'il vous accapare.
-Mais vous avez les rythmes de la vie pour vous distraire ou pour vous inspirer ?
— Je trouve qu'une locomotive est une source d'émotion comme une cathédrale. C'est aussi une œuvre d'art. L'automobile me touche, moins. C'est pourtant le seul luxe que j'envie.
— Et dans votre art, qui admirez-vous ?
— Les grands classiques et celui à qui je ramène toute la sagesse de la musique, c'est Bach. Parmi les auteurs vivants: Ravel, Strawinski, Schmitt et Roussel; parmi mes camarades, les éléments du fameux groupe des six: Auric, Poulenc, Milhaud. Germaine Tailleferre et Louis Durey.
— Comment travaillez-vous ?
— Avec le plus de méthode possible. Quand je suis bien en train, je m'enferme et je prépare moi-même mon déjeuner... Je travaille aussi la nuit. 
ROGER VALBELLE.

Arthur Honegger le Chant de Nigamon Pacific 231


Retour 18 janvier 1925