| Excelsior 18 janvier 1925 |
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L'aspect actuel des différentes voies qui sont vouées a la démolition dans le quartier de l'Hôtel-de-Ville 1. La rue du Paon-Blanc; 2. la rue Geoffroy-l'Asnier; 3. la rue de l'Hôtel-de-Ville; 4. la rue de la Masure; 5. le quai de l'Hôtel-de-Ville (emplacement des immeubles abattus, limité par des immeubles encore occupés par leurs locataires, mais destinés au pic des démolisseurs.) La rue du Paon-Blanc va disparaître sous la pioche des démolisseurs qui abattent trente-cinq Immeubles entre l'étroite rue de l'Hôtel-de-Ville et le quai du même nom, la rue du Pont-Louis-Philippe et celle des Nonnains-d'Hyères. Nous sommes ici au cœur du quartier Saint-Gervais, derrière l’église qui l'a baptisé. Celle-ci ne sera pas dégagée par les travaux extérieurs que nécessite l'achèvement de la ligne métropolitaine, sous ce territoire du vieux Paris, mais un coin des plus anciens (il avait déjà une histoire au sixième siècle) en sera métamorphosé. L'élargissement de la rue de l'Hôtel-de- Ville, qui n'a que 10 mètres, était en projet avant la guerre et sera ainsi partiellement réalisé. Seuls, les amateurs d'un très lointain passé regretteront la rue du Paon-Blanc. Elle tirait son nom d'une vieille enseigne, comme la plupart des voies à dénomination curieuse (rues du Cygne, de l'Epée-de-Bois, des Ciseaux, du Pot-de-Fer, etc.) et n'était remarquable que par son étroitesse (6 mètres) et sa brièveté: (19 m. 50). Elle avait une voisine, une rivale. en vétusté la rue de la Masure,qui est à la veille de tomber comme elle dans le domaine des décombres et des souvenirs. Celle-ci est bien, comme vestige, la plus curieuse de Paris. Elle n'a que 3 mètres de large. La rue du Chat-Qui-Pêche, souvent citée en raison de son exiguïté, 3 et 7 mètres; la rue de Venise, autre exemple, 8 et 10 mètres. La rue de la Masure était, est donc encore pour quelques jours, exceptionnelle, sinon unique, et son nom est de ceux qui parlent. Elle le doit à l'état de la ou des constructions qui s'élevaient là à l'époque où l’on décida de baptiser les rues parisiennes, les enseignes ne suffisant plus pour les distinguer les unes des autres dans la mémoire de ceux qui n'avaient guère à connaître que leur quartier. Bien que l'on ait construit et reconstruit depuis, l'étonnant est qu'elle l'ait conservé et qu'elle le mérite encore et peut-être plus que jamais. Cet ilot qui s'effondre est remarquable de sordidité: il n'est malheureusement pas le seul et, au quartier Saint-Merri, rue du Renard, par exemple, la pioche aura prochainement à attaquer des immeubles insalubres pour faire la plus utile des besognes: amener l'air et la lumière,en des endroits qui ne connaissent pas, depuis des siècles, ces éléments purificateurs. Ici encore, la crise du logement a gêné les travaux de démolition et il est curieux de voir des logements encore encastrés entre des murs sans soutien et, le soir, des fenêtres éclairées au milieu des plus sombres ruines. La capitale se transforme lentement et il y a beaucoup à faire pour que devienne vérité cette illusion du poète : ∗« Le vieux Paris n'est plus ; la forme d'une ville change plus vite, hélas ! que le cœur d'un mortel. »
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