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L'Œuvre 18 janvier 1925


Hors-d'Oeuvre
Retour au droit commun

M. Montigny, député de la Sarthe, et M. Palmade, député de la Charente-Inférieure, proposent à leurs collègues de renoncer à un privilège excessif, né d'un abus de l'immunité parlementaire.
Tout est gratuit pour les députés : les voyages, les timbres-poste, les consommations de la buvette, les injures, les diffamations, les coups et blessures. L'autre jour, un député, d'un coup de poing dont S. S. Pie XI eût apprécié la vigueur et la précision, est allé casser une dent dans la mâchoire d'un autre député; ça ne lui a absolument rien coûté... Or Biribi, que le général Nollet vient de licencier, était plein de pauvres bougres qui avaient eu un mouvement de vivacité de vivacité beaucoup plus excusable.
MM. Montigny et Palmade ont donc déposé une « proposition de résolution » qui a pour but de réprimer sévèrement toutes scènes tumultueuses ou tous actes de violence commis au cours d'une séance. La sévérité de MM. Palmade et Montigny reste cependant contenue dans les limites du Code pénal scolaire: les chahuteurs se verront infliger une censure (de la propre autorité du surveillant général) ou mettre à la porte de la classe pour un laps de temps déterminé.
Il est dommage que ces messieurs n'aient pas pensé à la retenue. Les mauvais élèves, qui ne mettent les pieds au Lycée-Bourbon que les jours où on rigole, se fichent pas mal d'une sanction disciplinaire qui les dispense régulièrement d'aller à la boite. Il faudrait au contraire contraindre les hommes punis à assister aux séances embêtantes où personne ne vient et à décliner pendant des heures les différents chapitres du budget.
Mais le seul système efficace de répression consisterait à l'application du droit commun, c'est-à-dire d'amendes proportionnées à la gravité du délit.
A titre d'exemple, les condamnations seraient affichées dans la salle des Pas- Perdus, sur le modèle des tableaux que la Compagnie du Métropolitain expose dans ses couloirs pour ramener au bien les voyageurs insoucieux des règlements. On pourrait lire ceci :

RELEVÉ DE QUELQUES CONDAMNATIONS POUR DÉLITS COMMIS DANS LA SALLE DES SÉANCES

M. L... A traité un de ses petits camarades de « Jésuite! Jésuite ...500 fr. d'amende
M. P... A fait allusion, avec un geste qui embrassait une travée, à une bande d'« abominables gredins ... 2.000 fr. d'amende
M. X... A déclaré que l'orateur précédent avait proféré un mensonge...50 fr
M. Z... A insinué que l'orateur précédent a émis une « contre-vérité »… 25fr
M. S.-J... Dans la position du tireur debout, a mis joue un honorable député et, sans fusil, l'a fusillé par persuasion...100 fr. et confiscation de l'arme.
M. R... D'un coup de poing, a cassé une dent appartenant à un de ses collègues...au cours (d'après le dernier tarif de la Chambre syndicale des dentistes.)

Le produit des amendes serait adressé à M. Millerand, pour alimenter la caisse de secours des victimes du 11 mai,
Et vous verriez que les députés, dans l'hémicycle, deviendraient sages comme des images de piété.
Ils auraient le loisir de se disputer et de se gourmer en dehors de la salle des séances.
Mais il n'y a pas de danger que la chose arrive.
Contrairement à ce qui se passe pour les autres potaches, les députés ne se montrent turbulents et mal élevés qu'au moment où on les regarde.

G. DE LA FOUCHARDIÈRE.


Maurice Palmade Jean Montigny


Retour 18 janvier 1925