POUR ET CONTRE
La paix... On a beaucoup parlé de la paix, ces jours derniers, dans de nobles discours parlementaires.... La paix... C'est un bien beau mot... C'est un bien grand mot... Et c'est un mot qui devrait être souverain, si les hommes n'étaient pas insensés, si le destin des hommes était moins cruel... La paix!…
Nous, du moins, nous sommes en paix... Mais, chaque semaine, quand paraissent les journaux illustrés d'Europe et d'Amérique, nos yeux tombent aussitôt sur des images de guerre, sur des photographies sanglantes ou sauvages... On se bat donc encore?... Si l'on se bat!... Et l'on se bat sur des étendues dix fois grandes comme la France, et l'on se bat au sud, au nord, dans toutes les langues, par tous les mondes. Images de guerre, images de mort, au Maroc espagnol... Images de guerre, images de mort, en Chine... Images de guerre, images de mort, au Mexique, en Géorgie, en Albanie…
Cette semaine, c'est l'Illustration qui nous donne l'image de guerre... Et, cette fois, la photographie n'est pas tragique, à première vue. Elle représente la marche sur la capitale de l'Albanie, Tirana, d'un des jeunes chefs de la récente insurrection.... Il n'y a ni morts, ni blessés, sur l'image... L'image pourtant est saisissante, désespérante... Au milieu d'un désert de pierres et de broussailles, une poignée d'hommes s'en va au pas... Et l'on sent peser sur ces quelques hommes tout l'affreux destin maudit, tout le destin de la guerre et des guerres. De vagues uniformes, des fusils, des visages rudes, des yeux sombres, de la misère déjà; et c'est la guerre qui traîne au milieu de la plaine désolée et desséchée... C'est elle qu'on voit, si l'on regarde bien l’image... C'est elle, la rôdeuse, la sournoise, la cruelle, la secrète, c'est elle, la vipère! Ce ne sont plus quelques pauvres soldats anonymes…
La paix, certes, c'est un des plus beaux mots, et des plus doux, et des plus clairs, et des plus grands, qui puissent être prononcés... Et il faut aimer la paix, et il faut vouloir la paix, et il faut ne vouloir que la paix.... Mais il ne faut pas marcher les yeux au ciel... Il y a la vipère... Et l'on ne sait jamais où elle se cache…
Maurice PRAX.
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