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Il y a fagots et fagots
Un de nos plus éminents confrères aime à répéter que la France est le pays de l'ordre: c'est une opinion qui s'appuie sur de bons arguments. M. Mussolini affirme, de son côté, qu'il a rétabli l'ordre en Italie, et personne ne conteste qu'ayant une certaine conception de ce que doit être l'ordre public il ait réussi à la faire triompher. Cependant il est visible que Français et Italiens, quand ils prononcent le même mot, n'entendent pas la même chose. Vérité en deçà des Alpes, erreur au delà. Supposez pour un instant que le Comité directeur d'un grand parti français l'Entente démocratique, si vous voulez, ou le Parti radical à la veille de renouveler dans tous les départements ses comités locaux, adresse aux préfets une circulaire pour leur enjoindre de mettre à sa disposition la force publique. Supposez que la circulaire continue ainsi : « Le Comité directeur accorde à tous les membres du parti la garantie la plus absolue que toutes les opinions pourront se manifester et que les votes seront libres; cependant il entend que les assemblées ne se transforment pas en champs de bataille entre ententistes et ententistes (ou entre radicaux et radicaux) ». Supposez que le Comité en question prescrive aux préfets de veiller à ce que les poches de tous les membres du parti soient fouillés avant chaque réunion, et à ce que les armes qu'ils pourraient avoir sur eux soient confisquées; supposez qu'on lise ensuite dans la circulaire adressée aux préfets : « Les ententistes (ou radicaux), déjà expulsés du parti, qui tenteraient de pénétrer dans les assemblées, seront immédiatement arrêtés par les gendarmes ; le président de chaque assemblée aura à sa disposition l'officier le plus élevé en grade de la garnison et lui donnera ses instructions pour assurer l'ordre ; aux portes de la salle se tiendra un poste de gendarmerie; si des désordres se produisent dans l'assemblée, l'autorité de police pourra suspendre la réunion, occuper la salle et dissoudre le comité local du parti. » Le lecteur français, trouvant pareilles nouvelles dans son journal, resterait bouche bée devant son croissant et son café au lait. Après quoi il s'écrierait, s'il était de Marseille : « C'est une bonne galéjade. Il paraît que notre pays est le pays de l'ordre. Que serait-ce, mon bon, s'il ne l'était pas ? » Le document résumé et cité plus haut se trouve dans tous les journaux italiens du 8 décembre. C'est la circulaire adressée aux préfets du royaume par le secrétariat du Parti fasciste, avant le renouvellement des comités locaux de ce parti: je n'y ai apporté d'autre changement que de remplacer le mot « fas- cistes » par le mot « ententistes » (ou « radicaux »).
Un Diplomate.
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