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PROPOS D'UN PARISIEN Les gardes-routiers
L'étude de l'histoire rend modeste. Elle prouve que nos anciens étaient des malins peut-être plus malins que nous. Vous allez voir combien ! Je lis, avec un peu de retard, le récit d'une cérémonie qui vient d'avoir lieu, il y a quelques jours, en banlieue, sous la présidence de M. Brunet, président du conseil général, et de M. Poncet, maire. On y a fêté les « gardes-messiers » de Montreuil (Seine). Ces « gardes-messiers » existent dans la petite ville, aux portes de Paris, depuis l'an 1369. Une institution qui dure depuis 554 ans a droit à notre coup de chapeau. Montreuil a toujours été pays de petites cultures, chargées de fournir à la grande ville ses fruits, ses légumes et ses céréales. Les voleurs de moisson y ont toujours sévi. Étant donné l'étendue de la commune une police payée eût été insuffisante ou trop onéreuse. C'est alors que, grâce à un édit de Charles V, fut organisée à Montreuil la première compagnie de « gardes-messiers », c'est-à-dire de gardes-moisson. C'étaient des volontaires choisis parmi les intéressés. Ils avaient droit de surveiller et de verbaliser. Le résultat fut excellent. Pourquoi, copiant cette antique institution, ne créerait-on pas, pour la police des routes, si difficile, à cause de l'étendue du territoire, des gardes-routiers, comme Charles V organisa ses gardes-messiers. Les automobilistes, choisis sérieusement parmi des volontaires sérieux, auraient droit de faire des procès-verbaux contre les délinquants de la circulation. L'ordre, de ce fait, régnerait vite sur nos routes. Ce serait une police efficace et gratuite. Notez bien que l'idée des gardes-routiers est venue à beaucoup de spécialistes qui réfléchissent aux difficultés d'exécution du code de la route; mais nous sommes routiniers, ennemis des innovations; et c'est pourquoi, rappelant les gardes-messiers de Montreuil, il n'est pas mauvais, aussi bien pour ceux qui ne se décident à marcher que lorsqu'ils sont certains de suivre, que pour ceux qui demandent à tout des précédents, de montrer que l'idée nouvelle est ancienne.
Louis Forest
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