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M. Marcel Prévost nous révèle que, même dans son dernier asile, elle (la vertu) n'est pas accueillie avec cordialité, mais seulement avec politesse. Il nous raconte comment les académiciens, très vieux ou relativement jeunes, s'esquivent, se débinent en douce lorsqu'on les prie de faire le discours annuel sur les prix de vertu ; ils considèrent cet honneur comme une corvée ; même dans cette assemblée vertueuse, la vertu semble ridicule. Ridicule lorsqu'on la considère; ennuyeuse quand on la fréquente trop assidûment. Vingt lignes dans un journal; un quart d'heure dans une pièce de théâtre ; cinq minutes de méditation dans la journée d'un honnête homme. Voilà la part supportable de la vertu. Essayez d'écrire un roman où, pendant trois cents pages, de braves gens impeccables accompliront des actions vertueuses. Vous ne trouverez pas un lecteur pour aller jusqu'au bout. Au spectacle, on aime voir triompher la vertu, au dénouement, pendant le dernier quart d'heure. Mais, pendant trois et quatre actes, on se divertit à voir manœuvrer les coquins. C'est le vice qui nous intéresse, c'est le crime qui nous passionne; après quoi nous nous réhabilitons en applaudissant très fort la punition des vicieux ou le châtiment des coupables. Mais précisément voici le plus bel éloge qu'un académicien puisse faire de la vertu : la vertu se soutient sans réclame, se maintient inexplicablement sans publicité, survit miraculeusement par sa propre force, et il est absurde de la vouloir récompenser, puisque le propre de la vertu est d'être parfaitement désintéressée. Ce sera un sujet fort convenable de méditation pour les deux académies, l'an prochain, à pareille époque. -- Faut-il que les gens vertueux soient vertueux! dira l'académicien officiel qui consentira à prôner la vertu. Faut-il que les gens vertueux soient, vicieux! penseront les convives silencieux de l'Académie Goncourt.
G. DE LA FOUCHARDIERE.
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