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L'Œuvre


On reproche souvent à la justice d'être lente ; la police judiciaire me paraît, par contre, assez expéditive et peut-être les juges d'instruction lancent-ils trop facilement des mandats d'amener. On relate presque tous les jours dans les journaux des arrestations sensationnelles. Certains journaux se répandent en détails ; on arrache aux domestiques ou aux concierges des renseignements plus ou moins exacts ; on brosse du prévenu un portrait assez peu flatteur. Ceux qui lisent les articles et qui le connaissent murmurent : Quelle fripouille ! Je m'en doutais ! Le lendemain, on apprend que le méprisable inculpé a été remis en liberté, que l'affaire est arrangée, que le non-lieu est signé. Mais le mal n'en est pas moins fait. Les gens bien renseignés ont un petit air d'en savoir encore plus long, les domestiques considèrent l'innocent avec dégoût, les concierges tournent la tête à son passage. Je ne prétends pas que tous ceux-là dont s'inquiète la justice soient vêtus de probité candide et de lin blanc. Mais, si une sottise peut être réparée, si une faute bénigne doit rester sans sanction, si on efface une erreur, il est peut-être inutile d'infliger deux ou trois nuits de prévention à un léger coupable et de ruiner sa situation parce qu'il n'est pas tout à fait d'accord avec un fournisseur ou parce qu'il a le tort d'avoir de mauvaises fréquentations.

NON-LIEU

On reproche souvent à la justice d'être lente ; la police judiciaire me paraît, par contre, assez expéditive et peut-être les juges d'instruction lancent-ils trop facilement des mandats d'amener.
On relate presque tous les jours dans les journaux des arrestations sensationnelles. Certains journaux se répandent en détails ; on arrache aux domestiques ou aux concierges des renseignements plus ou moins exacts ; on brosse du prévenu un portrait assez peu flatteur. Ceux qui lisent les articles et qui le connaissent murmurent : Quelle fripouille ! Je m'en doutais ! Le lendemain, on apprend que le méprisable inculpé a été remis en liberté, que l'affaire est arrangée, que le non-lieu est signé. Mais le mal n'en est pas moins fait. Les gens bien renseignés ont un petit air d'en savoir encore plus long, les domestiques considèrent l'innocent avec dégoût, les concierges tournent la tête à son passage.
Je ne prétends pas que tous ceux-là dont s'inquiète la justice soient vêtus de probité candide et de lin blanc. Mais, si une sottise peut être réparée, si une faute bénigne doit rester sans sanction, si on efface une erreur, il est peut-être inutile d'infliger deux ou trois nuits de prévention à un léger coupable et de ruiner sa situation parce qu'il n'est pas tout à fait d'accord avec un fournisseur ou parce qu'il a le tort d'avoir de mauvaises fréquentations. D.