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Note du Jour Escroquerie et escroquerie
Il ne faut rien prendre au tragique et pas même Mussolini au sérieux. Sinon on risquerait de se tromper lourdement sur son compte. Tandis qu'à collectionner ses galéjades on court tout juste la chance d'en oublier quelqu'une. Celle-ci cependant mérite de passer à la postérité. Le Dictateur, las de n'être que le sauveur de l'Italie, se hausse jusqu'à la prétention d'être, par surcroît, le sauveur de la religion. Il met ses carabiniers au service du vrai Dieu. Et il juge entre les escroqueries celles qui sont légitimes et celles qui ne le sont pas. Un ancien moine, le frère Salvatore di Binotto avait été excommunié par le Conseil des cardinaux. Sur quoi, il avait fondé une nouvelle religion. Pourquoi pas ? Benito lui-même n'a-t-il pas créé le fascio ? Le bon frère proposait à l'adoration des fidèles le nouveau « Dieu Eucharistique ». Bonne idée, semble-t-il, puisque les fidèles étaient accourus, en si grand nombre même, qu'ils purent édifier une église dans les environs de Bari... Concurrence déloyale. Les vrais disciples du vrai Dieu portèrent plainte. Ils accusèrent le frère... d'escroquerie. Oui. Comme si toutes les églises n'étaient pas, au propre, des entreprises d'escroqueries si celle-ci se définit comme dans le Code l'extorsion de fonds contre des promesses imaginaires. Mais M. Mussolini seul sait où commence et où finit l'escroquerie tolérable. Il décide donc que celle du frère Binotto ne l'étai pas et fit coffrer le prédicant. Ni plus, n moins. Grâces soient rendues à Benito dans toutes les églises de la chrétienté qu'il a sauvée du schisme !
Jacques Barty.
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