| L'Ouest Éclair 18 juillet 1923 (art.page une) |
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UNE ÉTRANGE DÉCOUVERTE Seznec dissimulait deux billets de 1.000fr. et un manuscrit suspect Morlaix, 17 juillet. (De notre envoyé spécial.) — Seznec a bien dormi pendant sa première nuit à la prison de Creach-Joly. Il s'est montré loquace ce matin, alors qu'hier il était taciturne durant le trajet de Paris à Morlaix, au cours duquel il pleura à plusieurs reprises. Les gendarmes cherchaient vainement à l'intéresser an paysage qui se déroulait. Seznec occupe seul une chambre à trois lits, au rez-de-chaussée de la prison. Il ne se trouve donc pas en cellule et il n'est pas au secret. Cependant, il n'a encore reçu aujourd’hui aucune visite ; sa femme, que nous avons questionnée cet après-midi, a demandé l'autorisation de le voir : cette autorisation lui sera vraisemblablement accordée, Seznec a été écroué dès son arrivée, hier soir, sans subir l'interrogatoire d'identité qui a eu lieu à Paris. Nous avons lu sur le registre d'écrou les indications suivantes : Seznec Joseph-Marie, dit Guillaume, fils de Yves et de Marianne Colin, né à Plomodiern, le 1er mai 1878, domicilié à Morlaix ; profession : commerçant sait lire et écrire ; religion : catholique. Suit la copie de mandat d’arrêt pour assassinat et faux La fouille révélairice Le gardien-chef de la prison est M. Chipot le second gardien est M. Romain. C'est M. Romain qui a fouillé Seznec à son arrivée à la prison. Il a trouvé sur lui une somme de 476 francs avec laquelle il pourra, notamment, améliorer son régime alimentaire. C'est donc à tort qu'on a dit qu'il n'avait que 5 fr. 10. De plus, on a trouvé deux billets de mille francs dissimulés dans le bas de la doublure de sa manche qui avait été décousue dans le haut. Seznec, surpris, a dit au gardien Romain : « Dites au gardien-chef que vous les avez trouvés dans ma poche » Évidemment, le gardien Romain n'y a pas consenti et a dit la vérité. Cette somme a été saisie. Seznec possesseur de deux billets de mille francs ! Fait curieux ! Le 27 juin, en effet, à Morlaix, Seznec était sommé de se rendre à Paris par le commissaire de la Sûreté générale. Mais Seznec renâclait. Un de nos collaborateurs s’étonnait de ce peu d’empressement à aider l'œuvre de la justice. Seznec lui-même expliqua pourquoi? — Je ne puis partir pour Paris : je n'ai que 30 francs pour faire le voyage... Le 27 au soir, une auto de la Sûreté venais le chercher ! Où Seznec s'est-il procuré cet argent ? Il y avait également dans la manche du veston de Seznec, des fragments de papier blanc dont un portait écrite à la main la phrase suivante : « Pour trouver ce qu'il faut faire, sortez dans le couloir et déchirez les deux enveloppes. » L'écriture ne semble pas être celle de Seznec. Sur les deux billets, on a remarqué une tache brune suspecte. Dans la journée, quelques rares badauds ont stationné devant la grande porte de la prison. La prison de Creach-Joly occupe les locaux de l'ancien collège de la ville, fondé en 1597, terminé en 1614 par Le Bihan de Pennelé. Ce collège fut sous l'autorité des Jésuites depuis 1614 et fut fermé en 1791, le principal du collège ayant donné sa démission parce que la subvention de la ville était insuffisante. Du collège, on fit la prison actuelle et la ville de Morlaix resta soixante-dix ans sans avoir de collège. L'enquête sur l'emploi du temps de Seznec M. Cunat, commissaire et M. Chelun, inspecteur de la brigade mobile à Rennes, sont de retour à Morlaix depuis ce matin. Ils se sont rendus cet après-midi à Châteaulin pour obtenir du Parquet de cette ville, par sub-délégation, une commission rogatoire afin de se rendre demain au Huelgoat, où Seznec aurait été voir sa fille en automobile avec sa famille le 3 juin jour de son retour de Paris. Cependant, M. Campion a entendu aujourd'hui M. Rams, débitant de tabac, 4, rue de Brest, d'après lequel Seznec aurait été à Tregastel et Plouganou le 5 juin pour voir une coupe de bois Ainsi, M. Campion, juge d'instruction, cherche maintenant à établir l'emploi du temps de Seznec pendant les premiers jours qui ont suivi son dernier retour de Paris Rappelons que c'est chez M. Rams, dont la recette buraliste porte le numéro 195, qu'a été achetée la feuille de papier timbré sur laquelle a été tapé l'acte de vente. On se rappelle que cette feuille porte le cachet avec le numéro 195. Chez M" Seznec Les deux avocats de Seznec ont été prévenus par lettre recommandée. On attend Me Feillard demain : il a demandé 24 heures pour étudier le dossier. Avant d'être Interrogé par M. Campion, Seznec connaîtra exactement toutes les charges qui pèsent sur lui. Il n'est pas probable que Me de Moro-Giafferi vienne actuellement à Morlaix Cet après-midi, nous nous sommes présenté chez Mme Seznec où nous avons trouvé Me Serrurier commissaire-priseur, qui procédait à l'inventaire pour le cas où il y aurait une liquidation. Mme Seznec, ainsi que nous le disions plus haut, a hâte d'aller voir son mari, mais elle redoute les sarcasmes de la foule : aussi se propose-t-elle d'aller en voiture à la prison. Elle se montre toujours confiante dans l'innocence de son mari, puis elle nous fait l'éloge de M. Quemeneur. Celui-ci venait chez Seznec comme chez lui et il y restait souvent le soir. Elle nous rappelle que M. Quemeneur lui avait conseillé de se débarrasser de ses dollars, qu'il devait accepter en paiement de la propriété de Plourivo, moyennant quoi il consentirait une réduction de prix. Mme Seznec était gênée d'avoir conservé tant d'or : quatre mille dollars en pièces de 90 francs, et elle était heureuse de s'en démunir. À Plourivo, les Seznec auraient défriché le terrain, créé des pépinières; exploité les bois et l'affaire aurait été fructueuse dans un délai de cinq ou six ans. Pourtant, le domaine de Plourivo ne plaisait pas à Mme Seznec à cause de son isolement et de son caractère sauvage. |
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