| L'Ouest Éclair 18 juillet 1923 (art.page une) |
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CHOSES ET GENS J' vous crois qu'on s'est reposé… En vous voyant sous l’habit militaire, j'ai deviné que vous étiez soldat. Vous êtes chasseur ? Salut militaire : — 5ème bataillon, dans la Ruhr, M’sieur. — Vous êtes venu à Paris pour la Revue ? — Qui n'a pas eu lieu, Dieu merci ! On était vraiment trop fatigué du voyage. — Et alors, vous vous êtes reposé ? — J' vous crois ! Parti le 14 au matin avec deux jours de perm, on est d’abord allé à Joinville-le-Pont canoter toute la journée sur la Marne. — Et le soir ? — Le soir, on est rentré à Panam. J’ai été à la Porte de Versailles dîner chez la maman, puis j'ai été voir le feu d'artifice des Buttes Chaumont. — Et après ? — Après, j'ai couru place de la Bourse où j'ai tangoté, one-steppé, fox-trotté jusqu'à trois heures du matin. — Et après ? — Après ? ça donne soif de danser par 35 degrés de chaleur. On est parti en balade avec des copains. Je ne sais pas comment ça se fait : m'étant endormi sur un banc de la Porte Maillot je me suis réveillé sur un autre banc au bois de Vincennes! — Là, vous vous êtes reposé. — J' vous crois ! Des types d'Ivry, anti-militaristes, ont eu l'air de se moquer de mon uniforme. Ils méritaient une leçon. J'ai couru après l'un d'eux toute la matinée jusqu'à la porte Saint-Ouen. Et là, ce qu'il a eu comme tatouille… — Et après ? — J'ai loué une bicyclette et j'ai filé à Meaux embrasser ma tante, qu’est en même temps ma marraine. Ah ! j'en ai mis ! Paris-Meaux et retour dans une après-midi... — Et par 35 degrés de chaleur. —Mais je suis rentré à temps pour faire danser ma petite cousine au bal de la place du Commerce. — Et maintenant ? — Je rejoins le bataillon, caserne de la Pépinière. — Rien reposé ! — Ah! J' vous crois! Non, cette idée de revue du 14... Heureusement que les huiles ont compris qu'on était fatigué du voyage...
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