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Il est défendu, même à Paris, de salir la rue
Le Persan de Montesquieu, le Huron de Voltaire, et tous les autres étrangers qui visitent Paris y constatent avec surprise une saleté dont nous n'avons pas lieu d'être fiers. Comment, disent-ils, peut-on supporter l'insouciance malpropre de ces gens qui jettent sur les trottoirs tout ce qui les gêne cartonnages de cigarettes, débris d'allumettes, épluchures d'oranges ou mégots usés ? A New-York comme à Berlin, à Genève commé à Bruxelles, pareille chose est défendue : la rue, qui appartient à tout le monde, n'est souillée par personne. Ils seraient surpris plus encore s'ils apprenaient qu'à Paris aussi il est défendu de jeter sur la voie publique des papiers, des épluchures ou d'autres immondices. Il existe une ordonnance préfectorale du 1er mars 1913 à ce sujet et, dans le Memento des gardiens de la paix, il est rappelé que les projections d'objets sur la chaussée sont interdites, tout aussi bien que sur les quais du Métro. Or faites l'expérience que nous avons faite hier jetez, « pour voir », du papier roulé en boule, du papier réduit en confettis, et même un journal déployé, sur les boulevards. Devant la Madeleine, l'agent de service ne soufflera mot. Devant l'Opéra il ne prononcera pas une parole. Rue de la Paix, il n'interviendra pas. Un seul, rue Daunou, fit un geste du pied, il repoussa jusqu'au ruisseau le journal qui venait de choir... sur sa botte. Certes, nous ne souhaitous pas de voir s'élever le nombre, déjà considérable, des procès-verbaux de contraventions. Mais ne nous sera-t-il pas permis de rappeler au public parisien que la propreté de Paris est nécessaire à la renommée de la ville, tout comme à son agrément pour ceux-là mêmes qui l'habitent ? Bah! pour un bout de papier!.... Oui, mais celui qui jette un bout de papier par terre encourage les autres à en faire autant. Dans les villes étrangères, où rien ne souille le trottoir et la chaussée, on hésite à y jeter quoi que soit on n'ose pas. Il est vrai qu'à l'étranger il y a de nombreuses corbeilles à papiers sur la voie. blique, tandis que Paris en possède tout juste vingt accrochées à des becs de gaz sur lesquels il faut tomber pour les découvrir. Tant que nous n'en aurons pas plus, il sera évidemment difficile d'exiger la stricte observation de l'ordonnance du 1er mars 1913…
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