Nouvelles des ports

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Rafiots et compagnies

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Nouvelles des escales

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La Presse 19 septembre 1923 (art. page une)


immigration 1

RÉFLEXIONS DU SOIR
Immigration

Un de nos confrères affirme que le problème de l'immigration est à régler d’urgence et, pour illustrer sa thèse, souhaite que nous sachions attirer chez nous des agriculteurs canadiens qui, parlant français, changeraient de pays sans être dépaysés. Cela nous éviterait la fâcheuse surprise que nous avons trop souvent de voir, dans certaines régions, les plus belles exploitations rurales aux mains. d'étrangers inassimilables. Je suis tout à fait de cet avis. Que la France soit belle, que son sol donne d’admirables produits, cela ne suffit pas pour justifier la présence de véritables colonies s'installant comme en pays conquis. drainant les richesses de la terre et formant autant d'ilots destinés, avec le temps, à se souder les uns aux autres sans s'intéresser notre patrie. Mais la racine du mal est plus profonde qu'on ne croit. Ce dont nous souffrons le plus à cette heure, c’est que ceux qui pourraient travailler utilement nos champs les désertent, séduits par l'attrait trompeur des villes. Il suffit qu‘une station thermale prospère quelque part pour qu’on voie nos jeunes paysans, ayant une hérédité indiscutable de qualités et de vertus campagnardes s'orienter vers le labeur plus facile des casinos. Au casino, il y a la mensualité régulière, les pourboires, la participation éventuelle aux bénéfices des croupiers, que sais-je encore? Et les campagnes se dépeuplent d'autant plus que, pour y vivre, malgré l'augmentation des prix de vente, il faut travailler soi-même son domaine et ne pas craindre souvent de faire plus de huit heures par jour. La main-d'œuvre est hors de prix, les engrais coûtent cher. S'il ne met pas la main à la pâte résolument le petit propriétaire est victime. comme les habitants des villes, de toutes les manigances des intermédiaires inutiles et des spéculateurs.
Que des Canadiens viennent en France fort bien; mais le véritable remède à la crise, c’est la réforme même de nos mœurs, c'est le retour à la terre, et ce sont, si l’on veut aussi toutes les mesures que l’on prendra pour le favoriser et qui mettront les petits et moyens cultivateurs de France à l ‘abri de toutes les surprises ef de tous les aléas provoqués par d'incompréhensibles fluctuations des coûts. Il y a deux mois, le vin, dans le Midi valait quatre-vingts francs la barrique ; le vigneron, conseillé perfidement alors, a vendu ; aujourd'hui, ce même vin vaut cent quarante francs ; mais ce n’est plus le producteur qui le détient. Désabusé et sceptique, il n'a plus confiance en son travail et en lui-même. À quoi bon labourer, semer, planter ? Il est las de lutter, et le voici candidat à une « place », à une place qu’il croit de tout repos dans l’enfer de quelque cité, où il sera un salarié, sans doute, mais où il sera prémuni contre les risques et qui lui laissera tout de même quelques loisirs pour aller au cinéma. Il y a assez de Français déracinés pour repeupler la France. C'est à l'intérieur du pays qu ’il faut pratiquer une prévoyante politique d'immigration.

ANDRÉ PAYER