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La Presse 21 juillet 1923 (page une)


les voleurs dans Paris

Les voleurs à Paris

Si les Parisiens, l’été venu, s'en vont chercher le grand air à la montagne où à la mer, les étrangers et les provinciaux, profitent par contre de l'époque des grandes vacances, pour visiter la capitale.

Tels des écoliers en vacances, ils s'en vont insouciants ou naïfs, ignorant des trucs de la pègre, aussi les voleurs de tout poil s’en donnent-ils à cœur joie. C'est la saison bénie pour les voleurs à la « tire », ou les faiseurs à « l’esbroufe ».

Les endroits où la foule est la plus dense sont ceux qui servent le plus souvent de champs d'opération aux pickpockets, et tout particulièrement le métro. La police judiciaire, avertie d'une recrudescence de vols de ce genre, a exercé depuis quelques jour  une surveillance toute particulière et opéré un certain nombre d'arrestations. Mais les voleurs sont légion et il est bon de se mettre en défense. Prenez garde aux pickpockets!

À cet effet, nous nous sommes fait indiquer ce matin, par un des inspecteurs de la police, chargé de leur surveillance, quelques-uns des trucs grâce auxquels les pickpockets soulagent leur prochain de ses portefeuilles, sacs et bijoux.

Tenez vos sacs à la main

Que les dames prennent garde à leurs sacs et qu'elles les tiennent à même la main et non par les cordons ou par les chaînes, deux petits coups de pince à ongles, et les chaînes demeurent pendantes ; le sac, qui contient argent, valeurs et bijoux, tombe délicatement dans la main de l'adroit filou. C'est grâce aux mêmes pinces qu'ils coupent les sautoirs et s'emparent des chaînes de
montres.

Le coup du portefeuille

_— D'abord, nous a dit notre interlocuteur, boutonnez vos vestons, et même la poche intérieure de ceux-ci, si elle contient un portefeuille.  Un vêtement entr'ouvert est, pour le pickpocket, une aubaine,. Tandis qu'un complice — car ils opèrent souvent à deux — détourne l'attention du voyageur, le pickpocket,. dont les doigts sont merveilleusement exercés, soulève légèrement et par saccades très douces, de l'extérieur du vêtement, le fond du portefeuille, jusqu'à ce que sa partie supérieure affleure le bord de la poche intérieure du vêtement entrebâillé. Alors, saisissant un instant le regard de sa victime, de deux doigts alertes et légers, il s'empare du portefeuille avec tellement de dextérité que l’on ne s'en aperçoit que trop tard.

Celui de l'épingle de cravate

Avez-vous, à votre cravate, une épingle de prix ? Munissez-la bien vite d'un protège-pointe. Outre que vous éviterez ainsi des piqûres  désagréables, Cela sauvera le bijou.Toujours, dans le Métro, un monsieur bien mis, à l'allure d'honnête homme, se place devant vous, très absorbé par la lecture d’un journal déplié. C'est le moment de se méfier. Mettant à profit la cohue ordinaire qui règne dans les voitures, le lecteur se colle à vous. Bientôt, le bord de son journal s'élève contre votre poitrine. Sans que vous y prétiez attention davantage, le journal s'encastre sous votre épingle et la soulève au gré des  heurts et à-coups du parcours, L'épingle, glissant de votre cravate, demeure accrochée au rebord du journal qui, soudain, se replie : le coup est fait, vous n'en avez rien vu.

Les coupeurs de poches

Avez-vous pris la précaution de boutonner votre vêtement, qu'il vous faut encore vous méfier des voleurs. A l'aide de lames de rasoirs, emmanchées au bout de longues baguettes, le pickpocket découpe doucement votre poche et vous soulage de votre portefeuille tout en sabotant votre habit. Le mieux est de mettre les objets de valeur que: l'on porte sur soi dans la poche à revolver du pantalon, cette poche qui, plaquée contre la peau, rend aux filous la tâche plus difficile.

En résumé, il faut être continuellement sur ses gardes. Quand on prend une voiture publique, il faut éviter de mettre des bijoux, fermer ses poches, serrer son sac, et surtout ! ouvrir l'œil. Le pickpocket voit tout de suite une personne dont l'esprit est en éveil et il ne s'attaque qu'aux distraits.