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A 16 La Presse article 01 les taudis de Paris 1

Comme on n'a rien fait, comme on ne fait rien pour bâtir des logis convenables et sains il faut bien laisser aux malheureux l'abri disponible, et voici plusieurs années déjà qu'on n'ose plus donner un coup de pioche dans ces taudis innommables qui déshonorent Paris.
Les malheureux condamnés à vivre dans ces bouges sont des proies certaines offertes aux épidémies et à la tuberculose, mais où donc voulez-vous qu'ils aillent ?...
En plein Paris

Or, ne croyez pas que les taudis soient rares dans notre Ville Lumière. Ils existent encore par centaines et je convie les sceptiques impénitents à entreprendre une instructive promenade dans les quartiers les plus déshérités de la capitale, à travers les ruelles obscures et nauséabondes, les impasses glissantes et fétides des faubourgs et aussi à travers des artères plus importantes qui sillonnent le cœur même de la grande ville.
Mais visitons aujourd'hui les abords immédiats du boulevard Saint-Germain. Là, derrière le « noble faubourg », ils trouveront un quartier sordide ou après avoir traversé la rue du Clos-Bruneau, où les façades, si l'on peut dénommer ainsi de pauvres murs en torchis noircis par les ans et la saleté, se rejoignent au point qu'il doit être possible aux habitants de se serrer la main d'une fenêtre à l'autre, nous arrivons à l'antique rue des Carmes où s'élevait, autrefois, le couvent du même nom.

Des Bouges en Ruines

Là le spectacle mérite que l'on s'y arrête. Les hideuses bâtisses qui étaient sans doute fort belles sous le moyen âge -- fatiguées d'un trop long service, ont commencé à s'écrouler tout doucement sur la chaussée. La rue des Carmes se trouve maintenant encombrée de matériaux de toutes sortes, de méchants madriers qui s'efforcent de remédier à l'irréparable... Pour passer, il faut escalader pierres et poutrelles.

Où aller?

Sur le seuil des numéros 17, 19 et 32, je demande aux infortunés locataires quel calvaire douloureux les a conduits jusqu'à ces ruines:
- Que voulez-vous, me répondent-ils, nous ne savons où aller. Nous y sommes; nous y restons.
- La Commission d'hygiène ne passe-t-elle donc jamais ?
- Elle nous invite même périodiquement à quitter nos logements, mais, comme elle est incapable de nous en fournir de nouveaux... Alors, on attend.
- Le propriétaire ne fait-il donc jamais de réparations?
Des réparations !.. Mais tout ceci n'est plus réparable, et, d'ailleurs, le propriétaire n'est pas riche, soupire une jeune femme qui vit, avec ses deux enfants, dans une chambre basse, et sans air, où elle fait la cuisine et confectionne des chaussons de paille en attendant le retour du mari...

Le Remède

Navrante détresse à laquelle il faudrait remédier sans retard. Mais que peuvent les commissions d'hygiène de l'Hôtel de Ville contre ce lamentable état de choses qui va s'aggravant de mois en mois ? Elles constatent le péril et rédigent de longs rapports qui iront s'entasser en piles poussiéreuses.
Or, ce ne sont pas des monuments de statistiques qu'il convient d'ériger pour conjurer la crise du logement mais bien de solides immeubles modernes qu'il faut se hâter de construire. Les lamentations et les longues palabres ne sont plus de saison. Il faut agir...

ROBERT BOUCARD.