Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor


L'Homme libre 26 septembre 1923


A LHomme libre article 01 le sénat en Corse 1

Les vacances des sénateurs
La caravane en Corse

Le Ruy Blas est toujours un des journaux les plus spirituels et les mieux renseignés de Paris. Ses informations lui permettent de poser des questions, nous ne disons pas indiscrètes, mais délicates. En voici une qui s'adresse au président et aux questeurs du Sénat :
On en prend vraiment trop à son aise avec notre argent. On a su que tout dernièrement le maire de Bastia, M. Sari, sénateur, avait invité dix de ses collègues de la Haute Assemblée à visiter l'Ile de Beauté. Et comme il ne faut pas séparer ce que Dieu a uni, il invita en même temps les femmes et les enfants de ces messieurs. Cette véritable smalah, baptisée mission, mission d'autant plus sacrée que les missionnaires ne tenaient leurs pouvoirs que d'eux-mêmes, passa, paraît-il, en Corse des heures inoubliables.
Pourtant on demandait qui soldait l’essence et le champagne qui coulèrent à flots et aucune voix ne répondit à cette question. Il a fallu une indiscrétion, une note parue dans un journal pour que l'on pût savoir que les frais avaient été supportés par la questure du Sénat.
Il est donc probable que la questure a trop d'argent, puisqu'elle peut en gaspiller pour créer à l'usage des sénateurs des excursions de vacances. Cela nous serait plus agréable de savoir qu'elle a restitué son superflu au Trésor qui n'a pas le nécessaire.
Que pensent, de cela, M. le président Doumergue et MM. Ranson et Vieu, questeurs du Sénat ?
M. le président Gaston Doumergue et MM. Ranson et Vieu répondront que le budget du Sénat est autonome, que l'on fait certainement beaucoup d'économies sur la buvette dans cette Assemblée si respectable dont la plupart des membres observent la sobriété ou de vagues régimes.
Il est rare d'avoir, à l'âge moyen des sénateurs, un estomac et un foie à toute épreuve, après tant de banquets dont la carrière politique est semée. Nous ne savons sur quel chapitre du budget sénatorial a été imputé la dépense de la caravane en Corse. Mais on ne saurait rien reprocher au président et aux questeurs du Sénat, qui sont tous les trois dignes de haute estime.
Tout dépend des services que les sénateurs, qui ont voyagé avec leurs familles, aux frais de la princesse, comme dit Ruy Blas, rendront à la chose publique. C'est une question de discrétion au départ et de mise au point à l'arrivée.

Louis VALQUIERES