| Excelsior 24 juin 1923 |
![]() |
|
Les femmes au Parlement L'événement ne fait pas le bruit qu'il mérite. Et pourtant il est symbolique et significatif. Les femmes ont décidé de ne pas attendre un jour de plus pour entrer au Parlement. Puisque la question de leurs droits politiques est toujours en suspens, elles se passeront du secours d’une loi électorale encore hypothétique et prétendent envahir dès aujourd'hui le ‘Luxembourg et le Palais-Bourbon... en qualité de sténographes. Les plus brillantes virtuoses du bloc-notes et du crayon, munies de tous les diplômes nécessaires, ont décidé de se présenter en masse aux concours de sténographie de la Chambre et du Sénat, pour y supplanter leurs collègues masculins. Mais un sous-secrétaire d’État s'efforce de les détourner de cette ambition. — Des jeunes filles aux pupitres de la Chambre, s’écrie-t-il, y pensez-vous ? Ce serait un trop grand sujet de distraction pour nos honorables ! Et les impétrantes de protester avec énergie contre ce qu'elles nomment « un déplaisant donjuanisme parlementaire ». N'ont-elles pas raison ? Je n’aperçois, pour ma part, que des avantages dans cette innovation, qui permettrait à l'éternel féminin de noter au vol les débats de l'éternel masculin. La présence officielle de jeunes filles attentives au pied de la tribune aux harangues ne serait-elle pas une précieuse garantie de décence et de bonne tenue lorsque les séances deviendraient orageuses ? Beaucoup de parlementaires, trop combatifs, surveilleraient leur langage. Au Palais-Bourbon régnerait peu à peu une atmosphère courtoise. Ce ne serait plus une Chambre, ce serait un salon. Les interpellateurs n'oseraient plus faire un emploi si fréquent de l'injure homérique. Et lorsqu'un orateur, n'arrivant pas à se faire entendre dans le fracas des pupitres déchaînés, sera contraint de se pencher vers les sténographes pour dicter son discours à l'intention du Journal officiel, ne devinez-vous pas que, s'il trouve en face de lui, pour recueillir ses confidences irritées, l'oreille rose d’une blonde et charmante sténographe, son éloquence deviendra immédiatement parlementaire ? ÉMILE |







































































