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L'Oeuvre 18 juillet 1923 (art. page une)


Les vandales, en l'occurrence, j'ai bien peur que ce soit les conseillers municipaux. Qu'on en juge.

Nous avons protesté contre l'accaparement par l'Exposition des Arts Décoratifs du Cours-la-Reine, de l'Esplanade des Invalides, du Pont Alexandre III, des quais, etc... Nous avons dit la gêne qui résulterait pour la population de l'installation d’une exposition au cœur de Paris. Le conseil municipal, responsable de cette installation, puisqu'il a voté, à l'unanimité, il y a quinze mois, l'attribution à l'Exposition de ces emplacements, a déploré, il y a quatre jours, par un autre vote, non moins unanime, les difficultés qui allaient en résulter pour,la circulation.

— Ce qu'on va faire est de la folie, s’est écrié à la tribune du Conseil M. Emile Massard, ajoutant, textuellement :

— Ai-je tort de qualifier de folie un projet aussi monstrueux ? Non seulement on ne pourra plus circuler aux endroits que je viens d'indiquer, mais les Champs-Élysées, où sera rejeté le torrent de la circulation interrompue ailleurs, les Champs-Élysées deviendront impraticables. Ce sera l'assassinat de la plus belle avenue du monde.

Tout le Conseil s’est indigné à la suite du président de la deuxième commission. Cette indignation ne suffisait malheureusement pas à sauver les emplacements concédés déjà, mais, enfin on pouvait croire et espérer que les conseillers se rendraient compte de la légèreté avec laquelle ils avaient accordé, il y a 15 mois, les emplacements demandés. Or, le même jour, au cours de la même séance, quelques minutes après avoir émis ce vote d’indignation dont nous venons de parler, les mêmes conseillers ont concédé les mêmes emplacements, et dans les mêmes conditions qu'aux Arts Décoratifs, l'Exposition-coloniale qui doit se tenir en 1927.

Ils ont même été plus loin ; ils concèdent à l’Exposition-coloniale non seulement le Cours la Reine, le Pont Alexandre III, les quais, l'esplanade des Invalides, mais le pont d'Iéna, la passerelle Debilly, les jardins du Trocadéro, les jardins de la Tour Eiffel, le Champ de Mars !

Ils ont émis ce vote sans qu'une seule protestation se soit fait entendre, sans qu'une réserve fût faite, même par les conseillers des quartiers intéressés. Que leur importe ! En 1927, les élections auront renouvelé le Conseil et les nouveaux conseillers pourront faire retomber la faute sur leurs prédécesseurs.

Ce vote est d'autant plus inexplicable qu'au cours de la session qui vient de se terminer nos édiles ont décidé la création aux portes de Paris d'un parc des Expositions et que l’article 7 de la convention que le préfet de la Seine a été autorisé à signer est ainsi conçu : « La Ville de Paris donne à la Société concessionnaire la garantie qu'à partir du 1er janvier 1926 elle ne donnera plus aucune autorisation pour la tenue d’une exposition quelconque sur le domaine communal, à l’intérieur de l'ancienne enceinte fortifiée, sauf dans le cas d'un accord préalable avec la Société. »

En rendant compte de cette délibération, nous exprimions la crainte que cet engagement soit peut-être violé. Nous ne pensions tout de même pas avoir raison si vite et si complètement.

HENRI MONTAZEL

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