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Le tribut de Baretous
Pau, 18 juillet. — A la frontière franco-espagnole, sur un point escarpé de la chaîne pyrénéenne, exactement à la Pierre-Saint-Martin, à eu lieu la remise du tribut annuel de la vallée française de Baretous (arrondissement d’Oloron) à la vallée de Roncal (Espagne). La cérémonie s’est déroulée dans la matinée, selon l'antique usage dont on trouve pour la première fois la trace dans une sentence arbitrale rendue le 16 octobre 1375 et sanctionnée d'ailleurs par les articles 4 et 5 de l'annexe III du traité de délimitation signé, en 1868, entre la France et l'Espagne. En présence de six maires de la vallée de Baretous conduits par le maire d’Aramits, chef de droit de la délégation à laquelle s'étaient joints des officiers de gendarmerie, de douane et des eaux et forêts, trois génisses blanches et sans défaut ont été remises aux alcades de la vallée de Roncal. Auparavant, l'alcade-mayor de Roncal, s’avançant, dit, en espagnol, aux représentants français: — Messieurs les Barétonnais, jurez-vous de rester fidèles aux engagements solennels pris et signés par vos ancêtres ? — Nous le jurons, répondirent les maires. — Paz aban (paix dorénavant) répliqua l’alcade-mayor. M. Maxime Serpeille, dans l'Œuvre du 26 juillet 1920, a expliqué les modifications apportées au cérémonial de ce tribut comme, par exemple, la suppression des coups de fusil tirés à blanc par les Espagnols dans la direction des Français. Mais notons que la remise du tribut n'a jamais été interrompue dans le cours des siècles, pas plus au cours de la Révolution française que pendant la grande guerre: Il convient toutefois d'ajouter que, depuis l’an dernier, la municipalité de Lanne (la vallée de Baretous comprend six communes : Feas, Lanne, Arette, Aramits, Ance et Issor), après avoir provoqué une réunion des délégués officiels de ladite vallée à la sous-préfecture d'Oloron, a demandé que le tribut fut, désormais, payé par les bergers qui font pacager leurs troupeaux, pendant l'été, sur le territoire espagnol et non par les villages. Cette opinion n'a pas prévalu et les communes se sont mises en mesure d'acquitter, cette année, l'antique tribut. La municipalité de Lanne ayant refusé d'inscrire au budget sa quote-part dans la dépense y a été contrainte par une inscription d'office du préfet des Basses-Pyrénées. N'oublions pas d'ajouter qu'un repas sur l'herbe, durant lequel circulèrent des gourdes pleines de vin d'Espagne, a immédiatement suivi la cérémonie. Et, comme la Navarre espagnole a toujours été francophile, alcades et maires burent à la santé des deux pays ; puis on se donna rendez-vous à l'an prochain, (Œuvre.)
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