| Le Provençal de Paris |
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Plusieurs lignes de chemin de fer dans le Sud-Est semblent avoir été conçues pour le seul plaisir du voyage. Sur tout leur parcours se succèdent les émerveillements ; pas une station qui ne soit un poème pittoresque ou une page d'histoire, pas un tournant qui n'apporte une surprise. Il en est ainsi de Grenoble à Briançon ; de Briançon à Marseille, au long de la Durance ; de Livron à Veynes, en remontant la Drôme. J'ai cent fois parcouru ces trajets, avec de nombreuses haltes, et ce livre dont les feuillets illustrés tournent à la marche du train, m'offre toujours un charme nouveau. Jamais on n'en peut établir l'édition définitive. Pour visiter le Diois, qui est un monde, il faudrait Pierre Dévoluy comme guide. Il a écrit sur sa contrée natale des pages de grand poète, d'historien documenté, tandis qu'à son habitude, le colonel Gros-Long étudiait en savant les ressources économiques. Notre Capoulié magnifie, avec quelle foi, quel savoir et quel talent, nos Alpes majestueuses et nos étourdissantes plaines de Provence. Nul mieux que lui ne les aime et ne les fait aimer. Qu'il pardonne donc ce résumé d'itinéraire, ses inévitables oublis et son allure cinématographique. Ces excuses présentées, en route. Alex et Grâne expliquent l'antique consécration de la vallée à Cybèle. Le monumental donjon de Crest nous jette en pleine histoire avec la tour de Chabrillan pour préface. Une visite de la ville s'impose, à plus forte raison l'excursion à la forêt de Saou. Imaginez un formidable bouquet de bois et de prairies planté dans un gigantesque vase de rochers, un dédale de voûtes au jeu des ombres et des lumières, des clairières vertes, des chemins de nuit, une triomphale entrée par le portail sculpté par la Vèbre et que des fleurs décorent de leurs fresques multicolores : c'est la forêt de Saou avec son village, de tout temps refuge des contemplateurs. Les abbayes ruinées, les castels croulants abondent en cette région, qui par « leurs lentes apothéoses sont arrivés à la beauté ». D'Aouste, on se rend aux gorges d'Omblèze trop peu connues, à la Forêt de Lente si justement réputée, dont il sera question plus tard. Mais voici Saillans, pèlerinage de tout bon Félibre, où n'est plus, hélas ! le regretté Maurice Faure, l'ami dont l'âme et le cœur parlaient et vibraient à la fois, le cigalier qui fut le conseiller des débuts de la plupart d'entre nous. De tous côtés on lit son souvenir. La "Terre Natale" que tant il adora et chanta, le célèbre maintenant ; son nom resplendit sur la falaise de Roche-Courbe proche des cieux. L'inédit en pittoresque vous attend à Espenel et surtout au Pontaix ; de toute part les gorges entaillent ce défilé capricieux, leurs eaux cascadeuses tombent dans la Drôme ; on voudrait aller partout, interroger les pierres, s'étonner de leurs secrets. Là-haut, dans un val sauvage, où volontiers l'on placerait les limbes nostalgiques, surgit dans un cirque le château de Quint, prison de Diane de Poitiers. Encore un « pas » pour obliger à regarder la Suze qui le dessine de ses eaux, et, après les hautes murailles rocheuses formant fenêtre, la vallée élargie, poétique apparaît avec au fond les forêts à l'assaut de Glandasse. Nous arrivons à Die, la capitale, centre de tourisme de premier ordre et agréable villégiature. Les Voconces et les Gallo-Romains s'y connaissaient en endroits d'enchantement, nous avons perdu leur dévotion de la belle nature. Notre époque ne bâtit plus de temple à la "Dea Augusta", symbole de la Montagne grandiose. Les Cours d'Amour sont remplacées, quelle déchéance ! par les prix littéraires. La Comtesse rappelle à Die l'ère des troubadours, elle qui « fes matas bonas cansos per en Rambaut d'Aurenga ». Qu'importent les mystères qui l'auréolent, qu'elle fût Béatrix, Alice ou Isoarde ? moult elle aima son galant chevalier et moult bien accorda la lyre de son cœur : "À chantar m’er". À défaut de ressemblance avec les miniatures de la Nationale et du Vatican, son buste figure! Die a sa porte Saint-Marcel, sa Porte Rouge, ses murs romains, sa cathédrale romano-gothique d'un style à part, ses pierres écrites, ses ruelles, ses places et ses boulevards. Elle conserve dans un caractère ancien, ses agréments de cité paisible, heureuse d'en avoir fini avec les Grandes Compagnies, le baron des Adrets, Maugiron et Lesdiguières. Le pays de la pétillante clairette, ce champagne drômois, n'est-il pas celui de la vie de tranquille et saine gaieté ? Ici, vous goûterez, à la Racan, les délices de la retraite, autrement dit de riantes vacances, en visitant les riches collections de M. de Fontgalland et en apprenant, si cela vous intrigue, ce que content, en sa bibliothèque, les merveilleuses annales du Diois. Vous ne vous lasserez pas d'admirer le décor montagnard dont Die s'enorgueillit autant que de ses parchemins. Il y a les très spécialisés bains thermo-résineux et la Source virginale ; les premiers réalisent le miracle de vous enfourner à cent degrés sans vous cuire ; la seconde complète la cure d'élimination rénale. Au Martouret et aux Sablières, pincés les agaçants rhumatismes et revenue la voluptueuse « verdeur ». Essayez, c'est souverain pour la santé et la repopulation. Dans les environs errent quelques ours bien léchés, inoffensifs et timides, suçant eux aussi de la résine, se régalant du miel des guêpiers. Que la crainte de leur rencontre ne vous prive pas de grimper au Glandas (2025 m.), amasser d'air pour vos poumons et cueillir mille fleurs variées pour vos amis. De là-haut, vous tiendrez en vos yeux les sommets de l'Oisans et les monts provençaux. car c'est un des plus ravissants belvédères de France. Vous irez à l'abbaye de Valcroissant, aux quatre sources du Rays, aux dix cols des alentours : le Menée, le Bachasson, le Prépeyret ; celui de Grimone avec le défilé fameux d'Ayguat et le collet de Glandage est un prodige d'escarpements vertigineux et de coins désertiques. Avec la certitude d'un cordial accueil, surtout si vous vous réclamez du Provençal de Paris et de son collaborateur touristique, le Syndicat d'initiative de Die, vous détaillera ces promenades, ces excursions ; en son local vous aurez un chez vous. Au-delà de Die, à Pont-de-Quart, un poétique tortillard conduit à Châtillon, sous les noyers et parmi les lavandes les plus grasses, les plus parfumées qui fleurissent au monde. Ah ! quelles fines truites que celles du Bez, quelle strophe alpestre que la vallée d’'Archiane avec ses quatre fontaines (observez la prodigalité des eaux qui dans cette région sourdent par quatre ); quels jours bienheureux en ces parages. Demandez la recette de l'existence en ce paradis à Pierre Dévoluy qui en fait sa Nice d'été. L'antique "Lucus Vocontiorum", Luc-en-Diois d'aujourd'hui, n'a plus que la royauté de ses mosaïques ; son époque de gloire se lit dans les objets retrouvés. Seuls les archéologues s'y complaisent et les amants de solitude aussi. Mais tout le monde veut voir le Claps, plus phénoménal que le Pas-de-Soucy dans les gorges du Tarn, aussi prodigieux que les éboulis dont s'amusaient les dieux de l'Inde. En l'an 1442, la montagne se fendit et s'effondra, barrant le val, créant des lacs de trois cents hectares. Les moines de Durbon asséchèrent les lacs, sans oser toucher aux colosses de granit, la légende continue à narrer la triste épopée de ces géants d'épouvante, terrassés par le feu du ciel, brûlés par le soleil et que n’approchent ni l'oiseau, ni le brin d'herbe. Un bon conseil, montez au col de Cabre (1180 m.), l'ancien "Gaura Mons" des Itinéraires, entre le sommet de Rigaud (1579 m.) et l'Archier (1370 m.), ou traversez-le sous le tunnel d'une lieue et poussez jusqu à la "Mutatio Cambonum", La Baume-des-Arnauds, un endroit pour les sages amateurs de calme absolu, d'heures inoubliables au sein de la famille alpestre des Baumillons ; un endroit, enfin, où nous vécûmes cinq ou six étés à nous rouler voluptueusement dans l'eau des lavandes distillées, à jouer aux Mais nous avons franchi les limites du Diois, dont l'empire superbe exige deux mois à tout le moins pour sa visite et que j'ai eu la sotte prétention de vous présenter à la façon d'un canevas. Emile Roux-Parassac Pour vos vacances, pour vos voyages, pour être renseignés sur les hôtels, les stations, les villégiatures, les itinéraires, etc... adressez-vous au Provençal de Paris (Services de Tourisme) et recommandez-vous de lui. |







































































