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LE SECRET PROFESSIONNEL DES JOURNALISTES Le syndicat intervient
M. Georges Bourdon, secrétaire général du Syndicat des Journalistes, vient d'adresser, au nom du Syndicat, la lettre suivante au ministre de la Marine et au garde des Sceaux: « Monsieur le ministre, Le Syndicat des Journalistes ne saurait vous dissimuler l'extrême émoi que lui cause le jugement du tribunal maritime de Cherbourg. Avec une incroyable méconnaissance des devoirs de la presse, des services qu'elle rend chaque jour, sur tout le territoire, à la chose publique, des conditions où elle exerce une salutaire mission qu'elle tient de la nature des choses autant que de sa longue tradition, des droits enfin qui en sont la contrepartie, ce tribunal vient de condamner un de nos confrères coupable d'avoir refusé de dénoncer les sources de son information. Et la justice de Cherbourg ne voit pas ce qu'il y a d'inique et de paradoxal dans le fait de frapper pour refus de témoignage l'homme dont les révélations désintéressées l'ont mise sur la trace d'abus assez graves pour qu'elle ait jugé nécessaire d'ouvrir une instruction. « Une telle sentence est pour nous intolérable. Elle l'est parce qu'elle nous rend impossible l'exercice de notre profession et qu'elle est contraire aux exigences du bien public. Elle l'est plus encore parce qu'elle châtie ce que nous considérons comme une vertu professionnelle. « Le Syndicat des journalistes a rédigé un Code de l'honneur professionnel; il en impose le respect à tous ses membres ; une commission de discipline, qui se flatte de fonctionner, quand il y a lieu, sans faiblesse, veille à ce qu'il soit observé. Au premier rang de nos obligations morales, nous plaçons celle du secret, et il n'est pas un honnête homme pour ne point nous en approuver. Que l'un de nous y manque, il sera déféré à la Commission de discipline et frappé dé la peine la plus grave, celle de la radiation, aggravée de la publicité donnée à cette radiation, ce qui équivaut à sa disqualification. « Et c'est donc ce même homme, marqué et rejeté par ses pairs, avec l'approbation de tous les honnêtes gens, en qui un tribunal reconnaîtrait un bon serviteur du devoir civique! Et celui en qui nous honorons la fidélité à un principe essentiel de morale, c'est lui que le même tribunal condamne! Le contraste est tellement choquant qu'il aboutit au scandale et la moralité étant du côté des journalistes, non du côté de la jurisprudence, c'est la jurisprudence qui, pour sa propre dignité, doit céder. « J'ai donc l'honneur, monsieur le Ministre, de vous demander, au nom du Syndicat des journalistes, de faire en sorte que les organes du ministère public, sur lesquels votre action est licite, donnent désormais, de l'article 378 du Code pénal, en ce qui concerne notre profession, une interprétation conforme à la morale et au bon sens, observant en cela, d'ailleurs, une tradition judiciaire dont il est singulier que M. le commissaire-rapporteur du tribunal maritime de Cherbourg ait jugé bon de s'évader. Et nous ne voulons point douter que, s'il vous apparaît nécessaire d'éclairer ou de compléter cet article 378, le gouvernement n'hésite pas à prendre, à cet égard, devant le Parlement, les initiatives opportunes. « Je vous prie, etc...»
Paul Faure
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