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L'Oeuvre 11 juillet 1923 (art. page une)


LA VIE CHÉRON

En dépit de la chaleur les prix de la viande ne baissent guère. En haranguant récemment ses collègues du Conseil général comme président d'âge, M. Ambroise Rendu déplorait la cherté croissante de l'existence et il conseillait à ceux qui l'écoutaient de se livrer à un sérieux examen de conscience sous la forme suivante : « Que répondrons-nous aux contribuables quand ils nous demanderont ce que nous avons fait pour tenter d'alléger ce fardeau de la vie chère qui les accable chaque jour davantage ? Les contribuables diront évidemment que l'on n’a pas fait grand'chose pour eux. On n'a même rien fait du tout. On n’a même pas pu rétablir la criée dans cette vieille forteresse des Halles, si admirablement défendue. Cette question soulevée Par mon vieil ami Desvaux était inscrite, je crois bien, à l'ordre du jour de la dernière séance du Conseil municipal. Or elle n'y figure plus, et nos édiles se séparent demain pour prendre leurs grandes vacances. » Rendons cette justice à M. Ambroise Rendu que, finissant la session comme il l'avait commencée, il a demandé qu'à cette dernière séance il pût adresser aux deux préfets de Paris une question sur les moyens qu'ils comptaient employer pour combattre la vie chère.
Le préfet de la. Seine à déjà répondu par avance, à je ne sais plus quelle occasion, en conseillant aux consommateurs de se restreindre. S'il y en a qui ont besoin de mettre en pratique ce sage avis, il en est d’autres auxquels il semblera singulièrement ironique. Autant dire, en effet, à toute une catégorie de citoyens de mettre un cran de plus à leur ceinture. Or ils sortent d'en prendre. Ils ne font même que cela depuis des mois et des mois. C’est un remède dont ils commencent à se lasser et la moindre taxation préfectorale de la viande ferait sans doute beaucoup mieux leur affaire.
Que répondra, de son côté, monsieur le préfet de police à la question de M. Ambroise Rendu ? Jusqu'ici il ne s'est guère mêlé à la lutte contre la vie chère et il faut d'ailleurs convenir que l'exemple de son regretté prédécesseur doit, à cet égard, le rendre plutôt sceptique. Le fameux barème, dont M. Naudin avait décrété l'application, n'a pas vécu bien longtemps, et à part M. Paisant on peut dire que dans la circonstance les Pouvoirs publics soutinrent M. Naudin à peu près comme la corde soutient le pendu.
La vérité est que les deux préfets ne peuvent pas grand'chose. En ce qui concerne la viande principalement, que voulez-vous qu'ils fassent ? C’est une question qui ne sera résolue, si elle l’est jamais, que par la réorganisation du marché de la Villette. Or, comme Paris ne jouit pas de l'autonomie communale, il n'y rien à faire sans M. Chéron. On connaît ses sentiments. Il a dit un jour à la Chambre (il y aura de cela sept mois demain) qu'il faudrait bientôt s'occuper de la viande et, bien entendu, il ne s’en est jamais occupé. Oh si! Il a annoncé, il y a un peu moins de deux mois, que l’arrivée des bœufs d'herbage sur le marché allait provoquer la baisse du pot-au-feu et de ses succédanés. La chaleur aidant, les prix du bœuf ont en effet quelque peu baissé. On mange d'ailleurs beaucoup moins de viande l'été que pendant les autres saisons. Les cours du bœuf ont donc fléchi à la Villette d'environ quatorze sous par kilo. Mais essayez donc de trouver la répercussion de cette baisse chez le boucher! C'est en se livrant à cette vaine recherche qu'on se prend à regretter vivement le barème de M. Naudin.
Chose d'ailleurs fort inquiétante : en dépit de La température sénégalienne que nous subissons, le mouton et le porc sont très fermes. Ils ont à cela quelque mérite. Le premier vaut actuellement à la Villette 10 fr. 60 le kilo et le second pas loin de 9 francs. Je le répète, en plein mois de juillet, par cinquante degrés au soleil, ces prix sont d’une fabuleuse indécence. Nous les devons à M. Chéron, à ses fameux décrets qui interdisent l'entrée de nos frontières aux moutons sud-américains et qui ont plus récemment réglementé l'importation des porcs étrangers. Et M. Chéron, qui sait parfaitement tout cela, s'étonne avec une feinte candeur à la tribune du Sénat qu'on lui reproche d'être l'artisan de la vie chèré. M. Poincaré verra aux prochaines élections si ce reproche est fondé.

HENRI GÉROULE

la vie chère le prix de la viande