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L'Oeuvre 16 octobre 1923


le président et la République

« Le président de la République est en dehors et au-dessus des partis »

Telle est la règle qu'on nous enseignait jadis pour définir l'éminente position du premier magistrat de la République. Comme c'est loin, tout ça ! dirait Alphonse Allais.

Tandis, en effet, que notre président du Conseil précise, chaque dimanche, devant les pompiers éblouis de nos moindres communes, sa politique extérieure, M. Millerand n'a, lui, pris à son tour la parole que pour préconiser une politique électorale.

Nous avons retrouvé dans ce morceau l'essentiel des déclarations de Ba-Ta- Clan, à quoi M. Millerand avait seulement ajouté les noms de Gambetta et de Waldeck-Rousseau.

Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs ! Pour le reste, on retrouve jusqu'à l'appel à « l'union sacrée », devenue « l'union de tous les bons Français » et jusqu'à l'évocation du péril bolcheviste..

Le président de la République n'a d'ailleurs pas hésité à ajouter à ces déclarations anciennes quelques précisions nouvelles.

Après s'être félicité de la reprise des rapports avec le Vatican, il a demandé que l'on allât plus loin dans cette voie. Il a préconisé le retour à la liberté de l'enseignement, le rappel des congrégations, et assuré que l’État devait « accueillir avec gratitude le concours » des congrégations enseignantes. M. Millerand, qui osa évoquer à ce propos la mémoire de Waldeck-Rousseau, semble avoir oublié que ce n'est pas seulement comme ministre qu'il collabora jadis à la liquidation des Congrégations.

Ayant donné ce gage au cléricalisme, il n'omit pas d'en donner un autre au capitalisme. Après avoir défini ce qu'il appelle, d'une expression qui restera, « le fardeau de la paix », il déclara tout net qu'il n'admettrait pas « de dégrèvements de la masse aux dépens d'une minorité ».

Il indiqua bien, en passant, que certains groupements économiques » qui prétendent « imposer leur prédominance» peuvent présenter pour la nation un péril; mais, tout de suite, il spécifia quels étaient ces groupements redoutables: ce n'étaient pas les grands consortiums, maîtres de la production française, c'étaient les fonctionnaires qui se syndiquent.

Nous savons désormais qui le président de la République entend faire participer à « l'union de tous les bons citoyens ».

Nous savons aussi qui s'en trouve exclu et ce ne sont pas seulement les fonctionnaires syndiqués, ni même tous les travailleurs qui ont participé aux grèves de 1919 et de 1920, ce sont, d'une manière générale, tous ceux qui n'ont pas brisé comme M. Millerand lui-même avec les traditions du socialisme. Ajoutez-y les pacifistes et les adversaires du service de dix-huit mois, avec. bien entendu, les adversaires des congrégations. Ajoutez-y surtout les partisans du régime parlementaire.

Car M. Millerand n'a pas hésité à le dire tout net en régime parlementaire, « le Parlement incline à la suprématie» déjà « il a une part trop large» dans la direction des affaires publiques et cela est proprement intolérable. Il faut restituer à l'exécutif « plus d'autorité ».

Pauvre Chambre du Seize-Novembre, qui, en votant le budget biennal, a renoncé même au contrôle des finances publiques, qui eût dit qu'un président de la République trouverait encore ses empiétements excessifs ?

Ainsi M. Millerand, ancien républicain, ancien socialiste, ancien avocat des liquidateurs de congrégations, a défini un régime politique dans lequel un « exécutif » fort, appuyé sur les congréganistes et sur les capitalistes, réduirait le parlementarisme et le syndicalisme à une définitive servitude.

- Considérez ma vie et faites le contraire de ce que j'ai fait.

Tel pourrait être le résumé de ce morceau d'éloquence. On affirme que M. Millerand se disposerait à faire, d'ici les élections, une tournée de conférences dans lesquelles il préconiserait le même idéal.

Nous ne pouvons que rappeler que, dans un régime républicain, le président de la République doit être dehors et au-dessus des partis. Mais est-ce bien un régime républicain qu'a prétendu définir le président de notre République ?

Robert de Jouvenel