Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor



Cinémas
Sur écran
Barnier continue

Ce n’est pas un nègre, c'est un préfet, d’ailleurs célèbre. Il opère dans le Var contre les directeurs de cinémas qui s’obstinent, sur la foi du visa donné aux films par la censure ministérielle à Paris, à vouloir les passer dans leurs établissements. Il en coûte à ces bons Français mille tracasseries préfectorales, et peut-être autant de francs : citation devant le tribunal de simple police, condamnation, dépens, etc... Ainsi l’a voulu l’omnipotent Barnier.
La dernière fantaisie de ce cinéphobe ne manque pas de saveur. L’Association des directeurs de spectacle du Var nous la signale ainsi :
« Un incident savoureux vient de se produire au cours de la lutte que le préfet du Var a entrepris, voilà tantôt deux ans, contre le cinéma dans son département.
Le directeur d’un cinéma était poursuivi le 4 juillet dernier devant le tribunal de simple police de La Seyne-sur-Mer pour avoir projeté sur l'écran un film intitulé : Les plus forts, édité par Fox-Film, et tiré de l’œuvre de Georges Clemenceau, ancien premier ministre et sénateur du Var.
Malgré les protestations indignées du directeur inculpé, qui excipa vainement du visa ministériel dont le film était revêtu, et l’autorité du « Père la Victoire », le film incriminé d’après les constatations du procès-verbal du commissaire de police — qui doit être un pince-sans-rire fut jugé dangereux pour l’ordre, la morale et la tranquillité publique du département du Var, et le directeur a été condamné.
Il faut regretter, pour des tas de raisons, la première purement littéraire, que « le Tigre » n’exerce plus ses griffes dans la presse. Le monde y perd de belles pages, nerveuses, spirituelles, vengeresses. Comme il nous eût bien servi le Barnier, le célèbre leader de L'Homme Libre. Non point seulement parce que ce fonctionnaire a l’air de s’en prendre à la fois au film et à l’auteur du roman, dont ledit film est tiré, mais aussi parce que cet extravagant (je parle du Barnier) agit contre la logique et la légalité. A défaut de Georges Clemenceau, retiré de la polémique, il nous reste — Dieu merci! — des journalistes qui ont bec et ongles, jugent sainement et dès lors défendent les bonnes causes. Je n’en sais pas de meilleure — pour être soutenue — que celle du directeur varois, brimé par son préfet, Clément Vautel, Louis Forest qui ont compris, pratiqué le cinéma et jouissent chacun d’une autorité considérable, pourraient traîner devant l'opinion publique ce Barnier, faire rire à ses dépens — préfet, tu l’as voulu! — .l’amener à rentrer dans la norme et la sagesse.
Une haute personnalité devrait immédiatement rappeler à l’ordre, au droit et au sens communs ce préfet, c’est M. Maunoury, ministre de l’Intérieur. Il s'en garde... Son subordonné aurait-il réussi à convaincre que le clemencisme, même cinématographique, est le seul ennemi ? On le dirait.

J.-L. Croze

prefet cinephobe