Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor


Le pétrole

Qui donc s'en doute dans le public ?

À la fin de décembre de 1917, la France a été sur le point de perdre la guerre ; elle était alors à la veille d'être écrasée, non par manque de combattants et de munitions, mais parce qu'elle allait manquer de pétrole. La situation pouvait devenir désespérée du jour au lendemain ; c'est alors que M. Clemenceau prit sur lui de transmettre au président Wilson un appel pressant, dont le témoignage demeure sous forme de dépèche conservée aux archives.

Les Etats-Unis ayant mobilisé toute une flotte de navires “pétroliers", le précieux produit put arriver à temps pour alimenter le matériel immense formé pur nos milliers de camions, nécessaires au transport des troupes et du ravitaillement.

Ces souvenirs d'une phase particulièrement tragique de la guerre étaient évoqués au dernier déjeuner-causerie du « Comité Dupleix », par M. Stiénon, l'un des hommes qui connaissent le mieux, à cette heure, la grave question du pétrole. Commentant ces faits, trop généralement ignorés, il a montré la dangereuse situation actuelle de la France et de la Belgique, dont le ravitaillement en combustible liquide dépend maintenant des Anglo-Saxons. Il ne faut pas se dissimuler que cette situation constitue une menace pour l'indépendance des deux pays, et aussi de quelques autres, qui se trouvent dans le même cas que nous-mêmes.

« Le pétrole, a dit en substance M. Stiénon, domine notre situalion militaire, tant sur terre que sur mer ; l'armée franco-belge pourrait être immobilisée par une entente occulte entre les Angle-Saxons, qui contrôlent, à présent, les principales sources de combustible liquide. En ce moment les escadres emploient déjà et emploieront de plus en plus le mazout : cela leur confère, sur les escadres qui en resteront au charbon, une supériorité comparable à celle de la marine à vapeur sur la marine à voile. A l'aide de plusieurs trusts, dont les capitaux se chiffrent par milliards de francs, l'Angleterre est en mesure de nous imposer, tôt ou tard, ses vues dans l'ordre international. »

La gravité d'un tel état de choses ne saurait échapper à personne el ne peut laisser aucun Français indifférent. Nos hommes politiques, ceux qui ont la charge des destinées de la France, doivent, évidemment, s'en préoccuper et chercher les moyens d'y remédier. L'impérialisme anglo-saxon est plus sûrement assuré et maintenu par le pétrole que par la puissance des armes ; il en résulle que les autres nations se trouvent vouées, en quelque sorte, à une humiliante vassalité.

Prenant à son tour la parole, M. Gabriel Bonvalot, l'éminent président du « Comité Dupleix », a ranpelé que, le 12 décembre 1919, une note diplomatique, communiquée à nos négociateurs du traité de paix, contenait cette phrase : « Qui aura le pétrole aura l'empire : l'empire des mers par les pétroles lourds, l'empire des cieux par les essences légères, l'empire des continents par les gazolines et les pétroles lampants, l'empire du monde par la puissance financière attachée à une malière plus précieuse, plus enveloppante, plus dominalrice de la planète que l'or lui-même ».

La rapidité avec laquelle marchent les événements fait que les hommes de notre généralion commencent à voir les résutlats de cette prédiction.

PAUL-HYEX.